Thursday, September 10, 2026
Culture

Michelet Saturné : « Peaux brunes en poésie », quand la photographie devient un acte de regard

Photographe haïtien et diplômé en sciences comptables, Michelet Saturné développe depuis plusieurs années une pratique située entre portrait, reportage et photographie événementielle. Avec sa série « Peaux brunes en poésie », sélectionnée pour la deuxième édition d’IMAYITI FESTIFOTO, il affirme une vision où la lumière devient un langage et le portrait, un espace de dignité et de représentation.

PORT-AU-PRINCE Il y a des photographies que l’on regarde. Et puis il y a celles qui nous obligent à regarder autrement.

C’est dans cette seconde catégorie que Michelet Saturné souhaite inscrire son travail.

Photographe haïtien et fondateur de Saturne Photography HT, il évolue aujourd’hui entre plusieurs univers : le portrait, la photographie événementielle, le corporate et le reportage. Son parcours professionnel est également marqué par une formation en sciences comptables, un domaine qu’il continue de considérer comme une composante importante de son identité professionnelle.
Deux disciplines, deux langages. D’un côté, la rigueur des chiffres. De l’autre, la liberté du regard.

Chez Saturné, cette dualité ne semble pourtant pas contradictoire. Elle participe au contraire à la construction d’un profil singulier : celui d’un professionnel qui cherche dans la photographie un moyen d’expression, mais aussi une manière de raconter son époque.

« La photographie ne consiste pas seulement à prendre une image. C’est une manière de raconter une histoire, de transmettre une émotion et de créer une trace visuelle qui peut rester dans la mémoire. »

De la curiosité à une véritable pratique professionnelle

Son histoire avec la photographie commence par une fascination pour les images.

Au départ, Michelet Saturné est attiré par cette capacité particulière qu’a le photographe de transformer un instant ordinaire en une scène digne d’être conservée. La curiosité l’amène progressivement à explorer les fondamentaux du métier : lumière, composition, cadrage, retouche et techniques photographiques.

L’apprentissage devient ensuite une pratique.

Puis la pratique se transforme en profession.

Cette évolution est essentielle pour comprendre sa démarche. Saturné ne présente pas la photographie comme un simple loisir exercé à côté de son activité principale.

Il construit véritablement une carrière dans ce domaine et cherche progressivement à définir son propre langage visuel.

« Peaux brunes en poésie » : une série qui interroge le regard

C’est dans cette recherche que s’inscrit sa série « Peaux brunes en poésie », présentée à l’occasion de la deuxième édition d’IMAYITI FESTIFOTO, organisée par le Kolektif Fotograf Ayisyen (KFAY).
La participation au festival est née d’une démarche volontaire. Après avoir pris connaissance de l’appel à candidatures, le photographe décide de soumettre son travail.

Sa série est retenue.

Pour Saturné, cette sélection dépasse la simple possibilité d’exposer. Elle constitue également une reconnaissance du travail entrepris et une occasion de confronter son univers photographique au regard d’un public et d’autres professionnels de l’image.

Avec « Peaux brunes en poésie », le photographe choisit de placer la carnation au centre de son travail.

Mais il ne cherche pas simplement à photographier la peau brune.
Il cherche à la regarder autrement.
La peau devient matière, lumière, texture et identité. Les nuances de brun sont mises en relation avec les expressions, les poses, les couleurs et l’éclairage afin de créer des portraits qui cherchent autant à produire une émotion qu’à proposer une représentation esthétique.

Le mot « poésie », dans le titre de la série, n’est donc pas anodin.

Il traduit une volonté de dépasser la simple représentation documentaire pour entrer dans un espace plus sensible, où le portrait devient une rencontre entre le sujet, la lumière et le regard du photographe.

La beauté comme affirmation de soi
Derrière l’esthétique de la série se trouve également une réflexion sociale.

Dans une société où les questions liées à la couleur de peau, à la représentation des corps et à l’image de soi peuvent encore être sensibles, Michelet Saturné veut proposer des images qui valorisent les personnes brunes dans leur diversité.
Son intention est claire : montrer que la beauté n’a pas besoin d’être corrigée pour être reconnue.

« Chacun mérite de se voir représenté avec dignité, beauté et fierté. »

Cette volonté donne à son travail une portée qui dépasse le cadre du portrait.
Photographier devient alors une manière de participer à la construction des représentations.

Une photographie peut imposer un regard. Elle peut aussi le déplacer.

En choisissant de mettre en lumière différentes carnations brunes, Saturné entend contribuer, à son échelle, à une représentation plus positive et plus valorisante.

Sortir du cadre commercial

La participation à IMAYITI FESTIFOTO lui offre également une possibilité importante : présenter son travail en dehors du cadre strictement commercial.

Les commandes photographiques répondent généralement à des attentes précises. Une démarche artistique personnelle permet davantage d’expérimentation.

Elle autorise le photographe à prendre des risques, à chercher, à se tromper et à recommencer.

Pour Saturné, cette liberté est essentielle.

Le festival devient ainsi un espace où il peut présenter une photographie qui lui appartient pleinement, sans autre impératif que celui de traduire une vision.

Une photographie qui cherche l’émotion
Lorsqu’il évoque le rapport entre son travail et le public, Michelet Saturné revient constamment à une notion : l’émotion.

Il ne souhaite pas uniquement que l’on apprécie la qualité technique de ses images.

Il veut que l’on ressente quelque chose.
Qu’une photographie puisse retenir le regard quelques secondes de plus.
Qu’elle puisse susciter une réflexion.
Qu’une personne puisse se reconnaître dans un portrait.

Ou qu’un spectateur puisse porter sur quelqu’un d’autre un regard différent après avoir découvert son travail.

Pour lui, c’est peut-être là que la photographie accomplit véritablement sa fonction.

Lorsqu’elle cesse d’être seulement une image pour devenir une expérience.

Construire une identité photographique
Michelet Saturné ne considère pas son parcours comme achevé.

Au contraire, il parle de progression, d’apprentissage et de recherche.

Son ambition est de continuer à développer Saturne Photography HT, de perfectionner sa maîtrise technique et d’approfondir son approche artistique.

Il souhaite également multiplier les projets personnels à dimension culturelle et sociale.

À terme, son objectif est de construire une véritable identité photographique.

Une signature reconnaissable.

Une manière de travailler la lumière, les visages et les histoires qui puisse progressivement devenir la sienne.
Photographier Haïti avec authenticité
Au-delà de sa propre carrière, le photographe nourrit une ambition plus large : contribuer à représenter Haïti et ceux qui y vivent d’une manière esthétique, professionnelle et authentique.
Il ne s’agit pas simplement de produire de belles images.

Il s’agit de raconter.
Raconter les personnes, les visages, les émotions et les réalités qui composent le pays.

Dans cette perspective, la photographie peut devenir une forme de mémoire.
Les événements disparaissent, les visages vieillissent, les générations passent. Les images, elles, peuvent rester.

C’est cette capacité à laisser une trace qui semble particulièrement intéresser Michelet Saturné.

Un parcours encore en construction

Sa sélection à IMAYITI FESTIFOTO ne constitue pas un aboutissement.
Elle ressemble davantage à un point de passage.

Une étape qui confirme une direction et donne envie d’aller plus loin.
Entre les sciences comptables et la photographie, entre la commande professionnelle et la recherche artistique, Michelet Saturné construit progressivement un univers qui lui est propre.
Son ambition n’est finalement pas seulement de devenir un meilleur technicien de l’image.

Elle est plus exigeante.
Il veut construire un regard.
Un regard capable de révéler la beauté sans l’artifice, de raconter sans forcément expliquer et de donner aux visages photographiés une place dans la mémoire.
Avec « Peaux brunes en poésie », il propose déjà une première réponse.

La suite, elle, reste à écrire ou plutôt à photographier.

Par Aterson-N sainval
Article / Portrait culturel
Haïti, août 2026

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