Haïti : Une police mobilisée contre les citoyens, mais absente face aux gangs
Alors que les commissariats tombent un à un sous les assauts des groupes armés et que des villes entières sombrent dans le chaos, la Police Nationale d’Haïti choisit soigneusement ses batailles — non pas contre les fauteurs de troubles, mais contre une population lasse, qui ose élever la voix.
À Canapé-Vert, ce n’est pas la présence rassurante des forces de l’ordre que les citoyens ont rencontrée lors de leur tentative de manifester contre l’insécurité, mais une répression sévère, un déploiement massif d’unités spécialisées, comme s’ils allaient à la guerre. Toutes les voies menant à la Primature et à la Villa d’Accueil ont été verrouillées. Pourtant, pendant que l’État concentrait ses forces pour faire taire les sans-voix, les bandits à Mirebalais démolissaient tranquillement le commissariat, pillaient les entreprises locales, sans qu’aucune riposte ne soit engagée.
Ce contraste brutal révèle une vérité insoutenable : les institutions chargées de protéger la nation semblent aujourd’hui prioriser la sauvegarde d’un pouvoir fragile, au détriment de la vie humaine. La peur devient une stratégie, l’abandon une politique. À mesure que l’insécurité s’étend, l’idée même d’élections libres devient une chimère, reléguée aux oubliettes d’un futur incertain.
Pris en étau entre les gangs armés et une police politisée, les citoyens fuient leurs quartiers, abandonnant leurs rêves, leurs maisons, parfois leurs proches. Dans ce pays où l’État a fui ses responsabilités, la voix du peuple devient une menace, et la sécurité, un luxe pour les puissants.
Le silence assourdissant des autorités n’est pas un oubli. C’est un choix. Un choix qui sacrifie un peuple pour préserver un trône.
pascalfleuristil2018@gmail.com
Crédit photos: Jean Marc Jean

