Sous les yeux complices de la CARICOM, le CPT échoue à sa mission et ravage les finances publiques
Il y a des silences qui tuent. Celui de la CARICOM, face à l’effondrement moral et institutionnel du Conseil Présidentiel de Transition (CPT), est de ceux-là. Présentée comme garante d’un compromis régional, elle s’est muée en spectatrice passive d’un désastre annoncé. Le CPT, placé sous son regard bienveillant, a méthodiquement échoué à sa mission, tout en s’adonnant à une dilapidation éhontée des ressources de l’État.
En une seule année, ce Conseil a pulvérisé l’espoir d’une gouvernance de rupture. Les engagements de rétablir la sécurité, de restaurer l’État de droit et d’ouvrir la voie aux élections ont été foulés aux pieds. À la place, le peuple haïtien a hérité d’une clique accrochée à ses privilèges, qui gère le pays comme un butin de guerre.
Le Réseau National de Défense des Droits Humains( RNDDH)l’a révélé sans détour dans un rapport : chaque conseiller du CPT coûte 10 millions de gourdes par mois à l’État. Cela inclut des salaires, frais de fonctionnement, repas, résidences secondaires, cartes de débit, frais pour conjoints, budgets pour remplir le réfrigérateur, et même des primes pour fêter Pâques. Le total annuel atteint 1,122,000,000 de gourdes siphonnées du Trésor public.
Mais pour quels résultats ? Pourquoi un tel luxe, un tel train de vie, pour des hommes et des femmes dont l’incompétence est manifeste ? Pourquoi récompenser si grassement ceux qui n’ont su ni sécuriser le pays, ni lancer de réformes, ni restaurer la justice ? Ces privilèges ne traduisent ni mérite, ni vision. Ils ne sont que le symptôme d’un pouvoir qui confond gouvernance et prédation.
Sur le plan sécuritaire, le constat est dramatique : treize massacres en douze mois, plus de 4 000 personnes assassinées, des zones entières sous le joug des gangs. Le Conseil National de Sécurité n’a jamais vu le jour. Aucune stratégie nationale, aucune réponse coordonnée. Pendant que les armes chantent, les membres du CPT voyagent, festoient, négocient leurs postes et soignent leur image.
La justice, elle aussi, s’effondre. À part un seul dossier instruit, les douze autres massacres documentés restent impunis. Les tribunaux fonctionnent sans équipements, les prisons débordent, et 82 % des détenus attendent toujours un jugement. Et que dire de la Commission Vérité ? Confiée à des proches du pouvoir PHTK, elle a été tuée dans l’œuf.
Le pillage des finances publiques, loin d’être un accident, est devenu un mode de gouvernance. Nominations vendues, marchés détournés, institutions colonisées par des clans : tout se monnaie. Et la CARICOM, censée surveiller ce processus, regarde ailleurs.
Chaque mois, chaque jour, chaque heure que ce Conseil reste en place est une insulte au peuple haïtien. Et l’histoire se souviendra que pendant que le peuple saignait, la CARICOM se taisait, et que le CPT festoyait. Le vrai coût de cette transition ne se mesure pas qu’en gourdes : il se paie en vies, en dignité, et en avenir sacrifié.
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