Thursday, March 19, 2026
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Le communiqué du CPT : Un démenti sans vérité, un milliard dilapidé dans l’ombre

La gravité du moment aurait exigé de la transparence, de la hauteur, de la vérité. Pourtant, face aux accusations détaillées du RNDDH sur la gestion financière du Conseil Présidentiel de Transition (CPT), ce dernier a publié un communiqué mardi 29 avril 2025 qui évite soigneusement l’essentiel. Là où le pays attendait des réponses, il n’a eu droit qu’à une déclaration confuse, sans chiffres précis, sans explication claire, et surtout, sans le moindre souci de rendre compte à une population exsangue.

Le RNDDH affirme, avec force détails, que plus d’un milliard de gourdes a été dépensé pour couvrir les frais de fonctionnement des neuf membres du CPT entre avril 2024 et mars 2025. Le rapport évoque salaires, véhicules, carburant, voyages, per diem et autres avantages, dans un contexte où les caisses publiques sont à sec, où les services essentiels sont paralysés, et où le peuple haïtien paie chaque jour le prix d’un État démissionnaire.

Face à ces révélations, le CPT, présidé par Fritz Alphonse Jean, économiste et ancien gouverneur de la BRH, n’a trouvé rien de mieux que de se réfugier derrière un démenti politique, sans jamais opposer la moindre preuve comptable. Il évoque des « chiffres erronés », accuse le RNDDH de désinformation, et brandit un tableau récapitulatif des budgets alloués à la Présidence depuis 2014… un écran de fumée qui ne dit rien de la réalité actuelle.

Pourquoi ne pas avoir publié la ventilation détaillée des dépenses du CPT pour l’année écoulée ? Pourquoi ne pas répondre point par point aux chiffres du RNDDH ? Pourquoi ce refus obstiné de la transparence, alors que ce Conseil est censé guider le pays vers des élections crédibles et un retour à l’ordre institutionnel ?

En agissant ainsi, le CPT perpétue les pires pratiques de l’oligarchie politique haïtienne, cette culture du secret, de l’impunité, du mépris des obligations publiques. Et c’est d’autant plus révoltant que ces neuf membres, censés incarner une rupture avec les dérives passées, s’inscrivent déjà dans une logique de dissimulation et de gaspillage, pendant que le peuple vit dans la peur, la faim et l’abandon.

Ce milliard de gourdes n’est pas qu’un chiffre : c’est un symbole. Il représente tout ce qui ne devrait plus exister dans la gestion de l’État. Un Conseil transitoire, mis en place sans mandat populaire, mais doté de moyens financiers faramineux, qui refuse de rendre des comptes. C’est une gifle à chaque citoyen qui paie encore ses taxes, à chaque enseignant non rémunéré, à chaque hôpital sans équipement, à chaque déplacé livré aux gangs.

Ce démenti sans substance n’est pas seulement un acte de mauvaise foi : c’est une trahison. Une de plus. Haïti n’a plus les moyens de financer son propre naufrage. Il est temps que ceux qui prétendent conduire la transition commencent par s’appliquer à eux-mêmes les principes de transparence, de sobriété et d’éthique qu’ils exigent des autres.

Le CPT a une dernière chance : publier les vrais chiffres, détaillés, sourcés, contrôlables. Sinon, il entrera dans l’histoire non comme l’architecte de la refondation, mais comme un autre maillon dans la chaîne de la déchéance nationale.

pascalfleuristil2018@gmail.com

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Pascal Fleuristil

Je suis Pascal Fleuristil, originaire de l'Arcahaie. J'ai étudié la communication à l'ISNAC. Passionné du journalisme, Je m’intéresse à tous les sujets d'intérêt général.