Arcahaie : Le “styrofoam”, une menace silencieuse pour la production de bananes
À l’Arcahaie, réputée pour sa production de bananes, les assiettes en plastique à usage unique – appelées “styrofoam” – deviennent un véritable fléau pour l’environnement agricole. Jetées sans précaution, elles envahissent les canaux d’irrigation et les plantations, mettant en péril la principale activité économique de la région.
Longtemps considérées comme pratiques et bon marché, les assiettes en plastique sont aujourd’hui dénoncées par les agriculteurs de l’Arcahaie comme un poison pour leurs terres. Une fois utilisées, elles sont souvent abandonnées dans les rues, les caniveaux, ou tout simplement dans la nature. Transportées par les eaux de ruissellement, elles finissent dans les rigoles d’irrigation qui alimentent les jardins de bananes. Résultat : les sols sont pollués, les racines des plantes étouffées, et la qualité des récoltes menacée. « Nou paka kontwole kote asyèt sa yo ale. Yo antre nan jaden yo tankou malsite », s’inquiète un planteur local.
Le plus alarmant est que ces plastiques mettent entre 100 et 400 ans à se dégrader complètement. Durant ce long processus, ils libèrent des substances toxiques dans le sol, nuisent à la biodiversité, bloquent l’infiltration de l’eau et perturbent le cycle naturel de la terre. L’Association des Irrigants de la Plaine de l’Arcahaie (AIPA) tire la sonnette d’alarme mais reconnaît être impuissante face à l’ampleur du phénomène. « Si l’État ne réagit pas rapidement, c’est toute la chaîne de production bananière qui va s’effondrer », prévient un membre de l’association.
Face à cette crise environnementale grandissante, les planteurs réclament des actions concrètes. Ils plaident pour une interdiction stricte de la vente et de l’usage des assiettes en plastique non biodégradables sur le territoire, accompagnée d’une campagne de sensibilisation sur les conséquences de ces déchets. Ils proposent également la mise en place de systèmes de collecte, de tri et de recyclage au niveau communal, ainsi qu’un appui technique de l’État pour nettoyer les canaux et protéger les zones agricoles. L’introduction d’alternatives écologiques comme les contenants en bagasse ou en feuilles naturelles est aussi évoquée.
En aout 2012 et en juillet 2013, les autorités haïtiennes d’alors avaient adopté deux décrets interdisant l’importation, la commercialisation et l’utilisation des produits en polystyrène expansé (styrofoam, en anglais) et les sacs ou sachets en polyéthylène. Ces mesures n’ont malheureusement jamais été appliquées.
L’inaction pourrait coûter cher à une région qui tire l’essentiel de ses revenus de la culture de la banane. Si des mesures urgentes ne sont pas adoptées, Arcahaie risque de voir son sol fertile lentement asphyxié par un envahisseur discret mais destructeur. La sauvegarde de l’agriculture passe par une véritable prise de conscience collective : celle de protéger la terre nourricière avant qu’il ne soit trop tard.
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