Wednesday, March 18, 2026
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1er Mai en Haïti : fête de l’Importation et du Chômage

Le 1er Mai, célébré comme la fête du travail et de l’agriculture en Haïti, perd de plus en plus sa signification dans un pays où le chômage structurel dépasse les 75% et où l’agriculture éprouve des difficultés à nourrir la moitié de la population. Derrière les discours officiels, se dessine une réalité bien plus sombre : celle d’un pays tributaire des importations pour ses besoins alimentaires essentiels, et où les travailleurs, en majorité, n’ont ni sécurité ni avenir. Dans ce contexte, le 1er Mai s’apparente davantage à une commémoration de l’échec collectif qu’à une célébration du progrès.

Pourtant, les réalités du terrain racontent une autre histoire, celle d’un potentiel entravé. Dans plusieurs départements, des agriculteurs s’accrochent, continuant à produire malgré les obstacles. Selon des témoignages recueillis auprès de chefs paysans dans la Grande-Anse, le Nord, l’Artibonite et le Plateau Central, la production locale subsiste encore. Le problème véritable réside dans l’accessibilité : absence d’infrastructures routières, manque de centres de stockage, manque d’appui logistique. L’agriculture haïtienne ne disparaît pas par incapacité, mais par négligence. Une politique nationale cohérente pourrait réduire les importations alimentaires d’au moins 20 %, d’après certaines estimations.

Cette impasse met en lumière l’urgence d’une nouvelle vision politique et citoyenne. Il ne suffit plus seulement de dénoncer les dérives, il faut construire. Il est nécessaire d’oeuvrer à l’émergence d’une génération de jeunes instruits, conscients, déterminés à réimaginer le pays. Cela passe par la connaissance, la discipline et l’action. Il est impératif de cesser d’attendre des solutions extérieures : la refondation d’Haïti doit venir de l’intérieur, par des citoyens convaincus que la prospérité passe par le travail, l’innovation et le dépassement de soi. Ce combat nécessite patience, audace et humilité.

Cependant, cette prise de conscience se bute à une gouvernance en pleine faillite. Le pays semble désormais produire davantage de gangs armés que d’initiatives agricoles. La transition politique actuelle, incarnée par un Conseil Présidentiel de Transition (CPT) discrédité, illustre le profond décalage entre le peuple et ses dirigeants. Corruption, impunité et absence de vision sont les maux qui gangrènent l’État. Ce 1er Mai ne devrait donc pas être un jour de festivités, mais un signal d’alarme nationale, un moment de réflexion collective sur notre avenir commun et sur la nécessité absolue d’un réveil citoyen.

Guyno DUVERNE
duverneguyno@gmail.com

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Duverné GUYNO

Guyno DUVERNÉ Né à Pilate le 1er septembre 1985 Habite au Cap-Haitien Journaliste/communicateur Sexothérapeute, Conseiller Conjugal et Familial(CCF), étudiant en Psychologie et en Diplomatie. E-mail : duverneguyno@gmail.com