Port-au-Prince sous rançon : Les péages illégaux des gangs étranglent la circulation urbaine
Au cœur de Port-au-Prince, les groupes armés imposent désormais leur propre “droit de passage” sur des axes stratégiques, transformant les routes publiques en zones tarifées sous menace. Une nouvelle forme d’extorsion qui pèse lourdement sur les familles et accentue le climat de peur.
Sur la route des Dalles, dans le prolongement de l’avenue Christophe, une barrière invisible mais bien réelle dicte la loi. Depuis quelques semaines, ce tronçon du centre-ville est contrôlé non par les forces de l’ordre, mais par des bandes armées qui ont instauré un système de péage sauvage. Chauffeurs de tap-tap, passants à pied, élèves en uniforme – tous doivent verser une somme d’argent pour continuer leur chemin. La scène est désormais banale : un homme armé, souvent jeune, exige 50 à 200 gourdes selon le moyen de transport. Et gare à ceux qui contestent – la menace de la violence est omniprésente.
Pour de nombreux habitants, cette nouvelle pratique est le symbole d’un État fantôme, incapable d’assurer la libre circulation des citoyens. Les familles ajustent leur budget pour permettre à leurs enfants de traverser ces zones contrôlées. Les transporteurs, eux, répercutent ces frais sur les tarifs, aggravant la pression économique déjà insoutenable. « C’est une triple peine : l’insécurité, l’extorsion et le silence des autorités », dénonce un enseignant contraint de contourner la zone tous les jours pour éviter le poste armé.
Alors que Port-au-Prince se désagrège sous la pression de l’insécurité, ces péages imposés par les gangs incarnent le basculement d’un pays vers une gouvernance parallèle. Chaque jour sans réponse de l’État creuse un peu plus le gouffre entre la population et ses institutions.
pascalfleuristil2018@gmail.com

