Le drapeau flotte en exil, le peuple crie en silence
Le 18 mai prochain, la Fête du Drapeau sera célébrée au Cap-Haïtien. Pas à Arcahaie, là où les mains de Dessalines et ses pairs ont cousu ensemble les couleurs de la nation. Non, cette année encore, le drapeau sera fêté loin de sa terre natale. Officiellement, pour des raisons logistiques. Officieusement, parce que l’insécurité dicte désormais l’agenda national.
Le gouvernement et le Conseil présidentiel de transition ont débloqué 400 millions de gourdes pour cet événement. Une somme faramineuse, jetée dans un spectacle alors que le pays vit l’une des crises humanitaires les plus graves de son histoire. Plus d’un million de déplacés internes fuient la violence des gangs. Plus de quatre millions de citoyens sont en situation d’insécurité alimentaire. Le pays s’étouffe, mais le pouvoir préfère maquiller la douleur avec des fanfares et des banderoles.
Pendant que les hauts dignitaires prononceront leurs discours au Cap, escortés et surprotégés, les routes nationales resteront impraticables, bloquées ou contrôlées par des groupes armés. Même les membres du pouvoir ne circulent plus sur le territoire qu’ils gouvernent : ils s’envolent au-dessus de la peur, pendant que le peuple marche dans la terreur. Le référendum annoncé pour le 11 mai est passé aux oubliettes, emporté par la même insécurité que l’on préfère ne pas nommer.
Il ne s’agit plus de gouverner, mais de paraître. Pendant que la population s’effondre dans la misère et l’angoisse, ceux qui prétendent la représenter profitent du pouvoir pour renforcer leur confort personnel. Le CPT, censé incarner la transition, est devenu l’un des visages d’un système budgétivore, aveugle et sourd aux cris du peuple.
Le drapeau flottera au Cap, porté par des discours et des cérémonies. Mais il ne couvrira pas la douleur des mères qui fuient les balles, ni la faim des enfants sans abris. Il ne masquera pas le vide d’un État démissionnaire.
Le drapeau flotte en exil, oui. Et pendant ce temps, le peuple, lui, continue de crier… dans un silence que les puissants refusent d’entendre.
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