Haïti : Du pouvoir sans projet, une nation à l’abandon
Paradoxalement, ceux qui tiennent les rênes de l’État haïtien ne gouvernent rien. Ils occupent les fauteuils du pouvoir, mais laissent le pays dériver sans cap, sans vision, sans plan de sauvetage. Ce que le peuple subit n’est plus une simple crise : c’est un abandon organisé. Une faillite politique assumée dans le silence cynique de ceux qui profitent du chaos.
Haïti n’est plus gérée comme une République. Elle est exploitée comme une entreprise familiale où quelques individus, bien placés ou bien armés, pillent les ressources publiques, signent des contrats opaques, imposent leur loi dans les couloirs de l’administration. Le Trésor public est devenu une caisse privée, et les institutions sont vidées de toute autorité réelle. Dans cette mécanique perverse, gouverner ne consiste plus à servir la population, mais à se servir — vite et sans retenue.
Pendant que les élites vivent derrière des murs gardés et des vitres teintées, le peuple meurt dans la rue, les balles sifflant au rythme des règlements de comptes et des kidnappings. Le territoire national est morcelé, certaines zones sont inaccessibles même aux forces de l’ordre. Et pourtant, aucun plan de sécurité sérieux n’émerge. Juste des promesses. Des commissions. Des déclarations creuses. La réalité, c’est que la République n’a même plus la capacité d’assurer sa propre survie.
Les efforts de médiation régionaux, notamment ceux de la CARICOM, n’ont fait que confirmer une chose : les prétendus leaders haïtiens n’ont ni programme ni conviction. Ils chantent l’hymne de la transition, mais n’en connaissent ni la partition ni les paroles. Les rencontres diplomatiques se succèdent, les engagements se multiplient… mais au bout du compte, rien. Aucune volonté réelle de transformer la situation, seulement le souci de préserver des positions de pouvoir.
Voler les caisses de l’État ? Ce n’est pas un crime, c’est une stratégie politique. La justice haïtienne, pieds et poings liés, n’arrive même plus à simuler son indépendance. Quand un procès menace les puissants, on crie à la persécution politique. Quand un chef de gang est arrêté, ses parrains invisibles s’activent pour le protéger. C’est une justice à deux vitesses : brutale pour les faibles, aveugle pour les riches. L’impunité n’est pas une conséquence de la crise haïtienne, c’est son moteur.
La vraie question n’est pas de savoir pourquoi les dirigeants actuels échouent : ils n’ont jamais essayé de réussir. Ce sont des gestionnaires de pouvoir, pas des bâtisseurs de nation. Ils tiennent le pouvoir comme on tient une bête à l’agonie, la pressant jusqu’à la dernière goutte. Ce n’est plus de l’incompétence, c’est un choix de destruction.
Haïti n’est pas condamnée à sombrer. Mais tant que les postes publics sont des instruments de rente et non de service, tant que le mérite est écrasé par la ruse, tant que les criminels sont protégés au sommet de l’État, le peuple n’aura que sa colère pour pleurer, et son silence pour survivre.
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