Haïti étranglée : Quand l’indifférence tue plus que les balles
Dimanche 1er juin 2025 marque une date sombre dans la mémoire collective haïtienne : quatre longues années depuis que Martissant, un quartier stratégique reliant le sud du pays à la capitale, est tombé sous le joug des gangs armés. Quatre années d’un abandon honteux, où le silence complice des autorités a permis à l’anarchie de s’installer durablement. Ce n’est plus seulement une crise : c’est une suffocation à ciel ouvert. Haïti, aujourd’hui, vit sous respirateur artificiel, branchée à une solidarité populaire épuisée et à une résilience qui frôle l’acharnement.
Martissant est devenu le symbole d’un pays qui s’effondre à petit feu. En bloquant cet axe vital, les groupes armés ont isolé quatre départements entiers — Sud, Sud-Est, Nippes et Grand-Anse — les privant non seulement d’accès à la capitale, mais aussi de soins, de nourriture, d’éducation et d’espoir. Derrière cette fracture logistique se cache une fracture humaine bien plus profonde : celle d’un peuple abandonné par ses propres dirigeants, trahi par ceux qui avaient juré de le protéger.
En quatre ans, les gangs ont perfectionné leur règne : assassinats ciblés, extorsions quotidiennes, enlèvements crapuleux, destruction d’infrastructures, trafic d’armes et de munitions. Une économie parallèle s’est installée, fondée sur la terreur. Et pendant ce temps, les institutions, au lieu de réagir, se taisent ou s’enfuient. Comment expliquer que des groupes criminels mieux organisés que l’État puissent régner en toute impunité sur des territoires entiers ?
Ce drame n’est pas le fruit du hasard. Il est la conséquence directe d’une démission progressive de l’État, d’une justice dysfonctionnelle, d’une police sous-équipée, et surtout, d’une volonté politique quasi inexistante. La crise actuelle n’est pas née d’un jour — elle est le résultat d’années de laisser-faire, de compromissions, de pactes tacites entre le pouvoir et les forces de l’ombre.
Mais la question qui tue est la suivante : jusqu’à quand ? Jusqu’à quand les Haïtiens devront-ils payer de leur sang et de leur dignité les calculs cyniques d’une élite politique déconnectée ? Jusqu’à quand la communauté internationale feindra-t-elle de chercher des solutions pendant que les rues de Port-au-Prince s’enfoncent dans la loi du plus fort ?
Il ne s’agit plus seulement de restaurer l’ordre à Martissant. Il s’agit de sauver un pays en chute libre, de reconstruire un lien de confiance entre le peuple et ses institutions, de mettre fin à la culture de l’impunité. Et surtout, il s’agit de reconnaître que l’inaction est aussi meurtrière que les fusils.
Aujourd’hui, Haïti étouffe. Ce n’est pas une métaphore : c’est un constat. Et si rien ne change, ce souffle qui vacille finira par s’éteindre.
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