CPT : Querelles, clientélisme et chaos diplomatique, Haïti paie le prix des clans
Haïti traverse l’une des plus sombres périodes de son histoire contemporaine. Et pourtant, au sommet de l’État, le Conseil présidentiel de transition (CPT), censé conduire le pays vers une lumière institutionnelle, semble surtout préoccupé par la répartition des privilèges entre petits clans. Plus d’un an après sa mise en place, cette transition ressemble à un marché fermé, où le peuple n’est qu’un mot qu’on place dans les discours — jamais dans les décisions.
Selon l’information publiée par Le Nouvelliste le 9 juin 2025, le CPT est aujourd’hui divisé en quatre blocs internes. Le Groupe 1, qualifié de majoritaire, comprend Louis Gérald Gilles, Smith Augustin, Emmanuel Vertilaire, Laurent Saint-Cyr et le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé — des figures controversées, dont certains ont été cités dans des affaires de corruption. Le Groupe 2, plus isolé, réunit Fritz Alphonse Jean et Leslie Voltaire, qui tentent de limiter les dérives. Le Groupe 3 se compose uniquement d’Edgard Leblanc Fils, surnommé la “minorité qualitative”, tandis que le Groupe 4, composé des deux observateurs, reste sans réel pouvoir décisionnel.
Le peuple, lui, regarde. Impuissant, souvent résigné, parfois révolté. Il regarde les clans se former au sommet, les fauteuils se remplir, les ambassades s’engorger de “proches” en rotation, pendant que les écoles ferment, que les hôpitaux s’effondrent, que la faim ronge. Haïti attend, mais le CPT distribue. Non pas des solutions, mais des postes.
Fritz Alphonse Jean, coordonnateur du Conseil, semble être l’un des rares à dénoncer ce cirque de nominations abusives. Toujours selon Le Nouvelliste, il affirme avoir bloqué des centaines de propositions. Il dénonce une diplomatie saturée, un système clientéliste encouragé par le ministère des Affaires étrangères. Mais ses protestations semblent peser peu face à l’appétit des autres blocs.
Le ministère des Affaires étrangères, en particulier, est devenu un symbole éclatant de cette dérive. Des dizaines de diplomates parachutés dans des postes créés à la va-vite, dans des ambassades où l’on travaille désormais par “rotation”, faute de place. Une diplomatie en mode clientéliste, où le mérite cède la place aux relations. Et personne ne semble gêné. Parce que ce n’est pas pour servir le pays, c’est pour “placer” des alliés. Des cousins. Des amis.
Mais qui donc parle encore du peuple ? Qui pense aux mères qui marchent des kilomètres pour un sac de riz ? Aux jeunes qui rêvent d’un visa parce qu’ils ont compris que leurs droits ne se trouvent plus sur cette terre natale ? Aux citoyens qui n’ont jamais vu un seul ministre dans leur quartier depuis des années ?
Ce n’est pas une transition, c’est une négociation de privilèges, un partage de butin politique. Et pendant ce temps, les gangs gagnent du terrain. Les écoles restent fermées. Les routes, impraticables. Les hôpitaux, sans médicaments. L’État, absent.
À ceux qui pensent que le pouvoir est une chasse gardée, souvenez-vous : la misère d’un peuple trahi ne se transforme pas toujours en silence. Elle peut devenir colère. Et cette fois, il n’y aura plus de fauteuils assez rembourrés pour s’y cacher.
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