Digicel : Quand le silence du réseau devient plus fort que la voix des clients
Par-delà les antennes qui décorent nos montagnes et nos toits, un silence technologique s’installe. Celui d’un réseau qui promet, mais ne répond plus. Celui d’un service client qui s’efface derrière les pannes. Celui d’un PDG qui tweete pendant que le pays attend un signal…
Encore une fois, mercredi 11 juin , les Haïtiens ont vécu cette désagréable sensation d’isolement numérique. Plus de tonalité, plus de Mon Cash, plus de connexion stable : Digicel, l’opérateur qui s’était érigé en « leader du numérique » dans un pays en quête d’infrastructure, a offert à ses abonnés un autre après-midi de frustration.
La panne n’est plus un incident. Elle devient l’ordinaire. Une habitude nationale. Une routine non désirée, mais imposée.
Pendant que les antennes clignotent sans transmettre et que les guichets de Mon Cash se figent, les usagers s’organisent : certains redémarrent leur téléphone comme un rite d’espoir ; d’autres soupirent, les yeux fixés sur l’écran vide. Et dans le tumulte numérique, une question se répète : « Où est passée Digicel ? »
Le PDG, Jean Philippe Brun, figure de proue de cette entreprise, semble avoir troqué l’action pour la contemplation. À l’ère où chaque seconde sans réseau peut être une perte de revenus, un obstacle à la communication ou même une urgence vitale non traitée, le mutisme de la direction devient assourdissant.
Que reste-t-il alors de la promesse initiale ? Celle d’une entreprise proche du peuple, ancrée dans la modernité, au service de l’économie locale ? Aujourd’hui, il ne reste que des abonnés fatigués, contraints de faire preuve d’une résilience qui frôle l’absurde.
Il ne s’agit pas ici de demander la perfection, aucun système n’est infaillible. Mais la répétition de ces pannes, sans explication claire, sans excuses franches, sans plan d’amélioration visible, laisse croire que l’indifférence a pris le dessus sur la responsabilité.
Digicel n’a plus le droit de se contenter de beaux slogans ou de campagnes publicitaires enjouées. Elle doit répondre. Expliquer. Réparer. Et surtout, respecter.
Parce qu’en Haïti, le réseau n’est pas un luxe. Il est un lien. Un outil de survie. Un espoir de développement.
Et chaque jour où ce lien se rompt sans explication, c’est un peu plus de confiance qui disparaît non pas dans la technologie, mais dans ceux qui prétendent la porter.
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