Thursday, March 19, 2026
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Un transfert, mille questions : l’énigme des trois Haïtiens arrêtés en République dominicaine pour une affaire de drones kamikazes

Une opération conjointe entre la République dominicaine et Haïti soulève aujourd’hui une série de questions troublantes. Trois citoyens haïtiens, identifiés comme Saint-Fleur Sténio, Roudley Étienne et Sony Pierre, ont été remis à la Police Nationale d’Haïti (PNH) après leur interpellation sur le territoire dominicain. Le transfert a été effectué le 7 juin 2025 au poste frontalier de Dajabón, sous la supervision du commissaire principal Antenor Léonard, responsable de la Police Frontalière (POLIFRONT).

Dans un communiqué diffusé par la Coordination de Presse et des Relations Publiques, la PNH confirme que les trois hommes ont été conduits au Service Départemental de la Police Judiciaire du Nord, avant d’être placés en garde à vue à la Direction Centrale de la Police Judiciaire (DCPJ). Cependant, le document reste silencieux sur les motifs de leur arrestation, évitant toute précision sur leur implication présumée dans une quelconque activité criminelle. Aucune mention non plus de liens avec des gangs armés, ce qui contraste avec la rhétorique habituelle des autorités haïtiennes dans les cas similaires.

La situation s’est complexifiée davantage lorsque le directeur général de la PNH, Rameau Normil, a déclaré lors d’un discours marquant les 30 ans de l’institution policière que cette affaire concernait l’achat présumé de drones kamikazes sur le territoire dominicain. Une affirmation lourde de conséquences, qui évoque des réseaux sophistiqués et des intentions potentiellement terroristes.

Mais cette version est rapidement mise à mal par les autorités dominicaines elles-mêmes. Selon plusieurs médias locaux, aucun dossier relatif à une tentative d’acquisition de drones n’a été ouvert en République dominicaine. Ce démenti officiel contraste avec la déclaration publique du chef de la PNH, et plonge l’affaire dans une zone d’ombre inquiétante.

Pourquoi un tel écart entre les deux pays sur un sujet aussi grave ? Pourquoi le communiqué officiel de la PNH ne fait-il aucune allusion à cette dimension technologique et sécuritaire ? Et surtout, pourquoi les autorités dominicaines n’assument-elles pas publiquement un dossier aussi sensible s’il existe réellement ?

Ce flou alimente toutes les hypothèses. Certains y voient une tentative de dissimulation d’une opération discrète menée sous pression. D’autres estiment que la PNH aurait exagéré ou précipité une communication “politique” sans coordination régionale, dans un contexte où la pression internationale sur les gangs haïtiens est maximale.

Pendant ce temps, les trois hommes demeurent détenus à la DCPJ, sans chef d’accusation officiel rendu public. Leur sort reste incertain, et l’opinion publique haïtienne attend toujours des réponses claires sur les motifs de cette arrestation transfrontalière. Ce silence institutionnel, mêlé à des déclarations contradictoires, ne fait que renforcer la méfiance envers les mécanismes de coopération sécuritaire entre Haïti et la République dominicaine.

Cette affaire révèle les failles profondes d’une collaboration policière qui, en l’absence de transparence, risque de perdre en crédibilité. Elle montre aussi à quel point la frontière entre sécurité et communication peut être floue, surtout lorsqu’elle traverse des intérêts politiques, diplomatiques et médiatiques.

pascalfleuristil2018@gmail.com

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Pascal Fleuristil

Je suis Pascal Fleuristil, originaire de l'Arcahaie. J'ai étudié la communication à l'ISNAC. Passionné du journalisme, Je m’intéresse à tous les sujets d'intérêt général.