Haïti – L’école en ligne dans l’ombre : entre illusion numérique et réalité électrique
Alors que le XXIe siècle fait de la technologie un levier incontournable pour l’éducation, Haïti, elle, semble piégée dans une impasse historique : comment rêver d’école numérique quand l’électricité elle-même reste un luxe hors de portée ? Dans un pays frappé par un black-out chronique, les slogans sur l’enseignement en ligne résonnent comme une provocation. C’est une vérité brutale : dans de nombreuses zones, les élèves vivent littéralement une année entière dans le noir.
Loin d’être un outil de modernisation, l’école en ligne cristallise aujourd’hui les inégalités. Sans lumière, sans internet, sans ordinateurs, des milliers d’enfants sont condamnés à regarder passer la révolution numérique sans jamais y prendre part. Et pendant que certains se forment à distance, d’autres sont maintenus à distance de toute forme d’éducation.
Le cas du Centre de formation pour l’école fondamentale, censé préparer les maîtres de demain, illustre cette crise silencieuse. La 21e promotion y étudie sans énergie, sans accès numérique fiable. Un comble, dans une ère où l’innovation technologique devrait renforcer les fondements mêmes de l’école.
Le contraste est douloureux : discours politiques pleins de promesses d’« éducation moderne » face à une réalité crue faite de délestages, d’équipements vétustes et d’étudiants épuisés. Cette fracture technologique se double d’une fracture sociale, accentuant l’exclusion des enfants des zones rurales et des quartiers populaires.
Il ne suffit pas d’introduire le numérique, encore faut-il garantir les conditions minimales pour qu’il soit utile. L’éducation en ligne ne peut être un mirage réservé à une élite connectée. Il est temps que les décideurs comprennent qu’on ne branche pas une nation sur l’avenir avec des promesses, mais avec de l’électricité, de la volonté politique et des infrastructures solides.
L’école haïtienne n’a pas besoin de slogans. Elle a besoin de lumière.

