Thursday, March 19, 2026
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CPT: Les neuf visages de l’indifférence nationale

Haïti traverse l’une des périodes les plus sombres de son histoire contemporaine. Lachapelle, nouveau territoire tombé entre les mains de groupes armés, n’est que l’un des nombreux visages d’un pays en totale désintégration. Des centaines de familles fuient leurs maisons dans un silence d’État glaçant. Les enfants ne vont plus à l’école, les hôpitaux ferment leurs portes, les routes sont devenues des pièges de mort, et chaque jour, de nouvelles zones tombent sous la coupe réglée des gangs.

Et pourtant, alors que le chaos dévore la nation et que la population hurle son désespoir dans les rues, les membres du Conseil Présidentiel de Transition (CPT) s’offrent le luxe d’un débat stérile sur le quorum réglementaire des séances du Conseil des ministres.

Dans une correspondance officielle datée du 23 juin 2025, signée par trois membres du CPT – Smith Augustin, Louis Gérald Gilles et Emmanuel Vertilaire – on rappelle, avec une froideur procédurale qui glace le sang, que les décisions du CPT sont nulles si au moins cinq des sept membres votants ne sont pas présents. On se retranche derrière l’article 15.1 du décret du 27 mai 2024, on invoque la légalité, la procédure, les majorités qualifiées… Tout cela pendant que la nation se vide de son sang.

Cette lettre n’est pas anodine. Elle révèle un mal profond : le détachement d’une élite politique embourbée dans des calculs mesquins pendant que le peuple meurt à petit feu. Que vaut un quorum dans un pays où les institutions n’existent plus dans les faits ? Que signifie une « décision valide » dans un contexte d’effondrement total, où même le pouvoir central ne contrôle plus ni le territoire ni les symboles de la République ?

La lettre souligne le danger de prendre des décisions sans respecter les règles. Mais n’est-il pas encore plus dangereux de ne rien décider du tout pendant que l’État s’effondre ? Ce formalisme obsessionnel est un écran de fumée, un masque bureaucratique pour dissimuler une inaction flagrante. Le pays brûle, mais eux comptent les chaises autour de la table.

Pendant ce temps, à Port-au-Prince, à Carrefour, à Cité Soleil, à Gressier, à Delmas entre autres , la peur règne. Des gens sont kidnappés. Des femmes sont violées. Des pères sont exécutés en pleine rue. Les gangs posent leurs conditions. Et le peuple, désespéré, descend dans les rues, non pas pour revendiquer des droits, mais simplement pour survivre.

Et que font les neuf membres du CPT ? Ils s’enfoncent dans des guerres intestines, rivalisent pour le contrôle d pouvoir, marchandent des postes de direction générale, et multiplient les stratégies pour bloquer les décisions de leurs adversaires politiques. Ils oublient que leur mission n’était pas de chercher le pouvoir pour le pouvoir, mais de sauver ce qui peut encore l’être.

Ils se sont engagés à assurer la transition, à rétablir la sécurité, à préparer des élections crédibles, à restaurer la dignité des institutions. Mais ils se sont rapidement enfermés dans le piège de leurs ambitions personnelles, laissant le peuple en otage d’un système qui ne produit plus que la peur et la désillusion.

Aujourd’hui, il faut le dire sans détour : ce Conseil présidentiel est une honte pour la République. Une honte pour la mémoire des martyrs de cette nation. Une honte pour chaque mère haïtienne qui ne sait plus comment nourrir ses enfants. Une honte pour chaque enseignant sans école, pour chaque policier sans moyens, pour chaque citoyen sans avenir.

Leur inertie est complice. Leur silence est coupable. Leur division est criminelle. Pendant qu’ils s’enferment dans leurs salons climatisés pour débattre de la légitimité de leurs réunions, le pays, lui, se vide de son âme.

Ils croient qu’ils seront oubliés. Qu’ils ne sont que des passants dans cette phase chaotique. Mais qu’ils sachent ceci : l’Histoire retiendra leurs noms. Non comme les sauveurs qu’ils prétendaient être, mais comme les fossoyeurs d’un pays qui avait encore une étincelle d’espoir. À chaque membre de ce Conseil, cette chronique adresse un seul mot : Honte.

Parce qu’à certains moments de l’histoire, la neutralité n’est plus une option. Quand on gouverne un peuple qui saigne, se taire, c’est trahir. Et s’acharner à défendre des procédures pendant que tout s’écroule, c’est tout simplement criminel.

pascalfleuristil2018@gmail.com

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Pascal Fleuristil

Je suis Pascal Fleuristil, originaire de l'Arcahaie. J'ai étudié la communication à l'ISNAC. Passionné du journalisme, Je m’intéresse à tous les sujets d'intérêt général.