Wednesday, March 18, 2026
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Le silence sur l’assassinat de Jovenel Moïse est une insulte à la mémoire haïtienne

Quatre ans après l’assassinat brutal du président Jovenel Moïse, survenu dans la nuit du 6 au 7 juillet 2021, la République d’Haïti reste sans vérité, sans justice, sans honneur. Le chef de l’État, abattu dans sa chambre, à sa résidence privée à Pèlerin 5 (Pétion-Ville), est devenu le symbole d’un pays livré à l’impunité, où les criminels rient et les institutions pleurent.

Ce crime d’État, commis par un commando de mercenaires notamment colombiens, organisé depuis la Floride par des hommes d’affaires et des réseaux haïtiano-américains, a révélé au grand jour la profondeur de la faillite politique et sécuritaire haïtienne. Mais ce qui scandalise le plus aujourd’hui, ce n’est plus seulement l’horreur de l’acte, c’est l’incroyable indifférence qui l’a suivi.

Depuis quelques semaines, la scène judiciaire à Port-au-Prince s’est transformée en un théâtre d’ombres. Des mercenaires colombiens, en combinaison orange, menottés, montent et descendent les escaliers de la cour d’appel sous forte escorte policière. L’ancien ministre Claude Joseph, tout comme le suspect clé Joseph Félix Badio, s’y présentent. Mais d’autres, comme Martine Moïse, veuve du président, brillent par leur absence malgré leur convocation. L’ancien directeur général de la Police Nationale d’Haïti, Léon Charles, quant à lui, préfère se faire représenter par son avocat, Me Bernard Gousse. Une ambiance irréelle règne, oscillant entre manipulation, intimidation et mise en scène judiciaire. Un théâtre de mauvaise augure, où la justice semble jouer un rôle dont elle a perdu le script.

Alors que la justice américaine poursuit une partie des cerveaux de l’opération — dans un silence presque diplomatique —, en Haïti, l’affaire est ensevelie sous des montagnes de paperasse, de peurs, de complicités et de démissions. Aucun procès n’a abouti. Des juges désignés se sont désistés. Des témoins ont fui ou ont été réduits au silence. Et dans les couloirs du pouvoir, certains murmurent que cette mort arrangeait plus d’un.

L’assassinat de Jovenel Moïse n’est pas un épisode clos. C’est une blessure ouverte. Un avertissement sinistre. Tant que les commanditaires ne seront pas jugés, tant que les institutions resteront muettes, tant que le peuple haïtien sera privé de vérité, cette nation ne pourra pas avancer. Car comment bâtir l’avenir sur un mensonge aussi lourd ?

Cet éditorial n’est pas un hommage à un président controversé. C’est un cri de colère face à la banalisation de l’inacceptable. La justice pour Jovenel Moïse ne concerne pas seulement sa famille ou ses partisans. Elle concerne Haïti tout entière, sa souveraineté, sa dignité, sa capacité à se regarder en face.

La vérité ne ramènera pas Jovenel Moïse à la vie. Mais elle pourrait, enfin, empêcher que d’autres soient tués dans l’oubli.

pascalfleuristil2018@gmail.com

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Pascal Fleuristil

Je suis Pascal Fleuristil, originaire de l'Arcahaie. J'ai étudié la communication à l'ISNAC. Passionné du journalisme, Je m’intéresse à tous les sujets d'intérêt général.