Banditisme en Haïti : Le miroir cruel d’un État défaillant
Le phénomène du banditisme qui ronge Haïti depuis plusieurs années ne relève plus du simple fait divers. Il est devenu un système, une structure parallèle qui supplante, dans bien des zones, les fonctions mêmes de l’État. Routes bloquées, enlèvements quotidiens, quartiers entiers contrôlés par des gangs lourdement armés, déplacements forcés de populations, et une économie informelle dirigée sous la menace. Ce chaos organisé met cruellement à nu l’échec des autorités haïtiennes à remplir leur devoir le plus fondamental : garantir la sécurité des citoyens.
Les dirigeants qui se sont succédé n’ont cessé de promettre des solutions, des commissions, des plans de sécurité, des partenariats internationaux… mais les résultats se font attendre, pendant que les armes circulent librement et que les criminels opèrent à visage découvert, parfois même en complicité avec certains éléments de l’appareil étatique. À Port-au-Prince, capitale d’un État souverain, l’autorité publique a pratiquement disparu dans de larges portions du territoire. Le simple fait d’exister, d’aller à l’école, de commercer ou de se soigner relève aujourd’hui d’un acte de résistance pour des millions d’Haïtiens.
Face à cette descente aux enfers, le silence ou l’impuissance des autorités équivaut à une abdication. L’État haïtien donne l’impression d’avoir déserté le champ de la responsabilité régalienne. Tant que les dirigeants resteront enfermés dans une logique d’impunité, de calcul politique à court terme, et d’aveuglement volontaire, le banditisme continuera à prospérer comme le symptôme d’une nation abandonnée. Il ne s’agit plus seulement de restaurer l’ordre, mais de reconstruire un État digne de ce nom, avant que l’insécurité ne devienne l’unique loi de la République.
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