Haïti confisquée : De la terre au ciel, quand l’État abdique au profit des puissants
Entre gangs qui contrôlent les routes et les mers, et Sunrise Airways qui règne sur l’espace aérien, le peuple haïtien se retrouve piégé dans une géographie verrouillée. Ce n’est plus un pays souverain, mais une mosaïque de zones d’influence où la mobilité est un luxe, parfois une menace.
Il fut un temps où prendre la route signifiait se rapprocher d’un rêve ou d’un proche. Aujourd’hui, c’est s’aventurer sur le territoire de Viv Ansanm, de 400 Mawozo, ou de tout autre groupe armé, capables de bloquer les axes névralgiques du pays selon leur bon vouloir. À cela s’ajoute la paralysie des voies maritimes : des îles comme La Gonâve ou la Tortue sont désormais otages de groupes qui imposent des taxes, interceptent les bateaux, et effraient les pêcheurs. L’État, lui, observe depuis ses bureaux barricadés.
Mais le ciel, dernier espace de fuite et d’espoir, n’est plus neutre non plus. Dans ce chaos, la compagnie privée Sunrise Airways s’est imposée comme unique acteur régulier du transport aérien local. Plus qu’un simple opérateur, Sunrise est aujourd’hui un passage obligé pour quiconque veut échapper à l’enfer terrestre. Dans un contexte d’abandon des vols d’État, de désintégration du service public aérien, et d’insécurité généralisée, Sunrise contrôle les horaires, les tarifs, les destinations… et, pour beaucoup, la possibilité de survivre ou non.
Ce monopole n’est pas criminel dans sa forme, mais il devient politique dans ses effets. Lorsque le transport devient une marchandise rare et chère, seuls les plus riches ont accès au ciel. Pendant ce temps, les pauvres rampent, attendent ou meurent sur les routes barrées.
En Haïti, les routes sont prises, les mers filtrées, le ciel privatisé. Ce qui devait être des biens communs est désormais sous contrôle d’intérêts privés ou armés. Le peuple haïtien vit dans une cage sans barreaux, où chaque déplacement est un acte de courage, voire de désespoir. Tant que l’État ne reprendra pas le contrôle de ses frontières terrestres, maritimes et aériennes, il ne gouvernera que des ruines.
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