Haïti-Politique: L’organisation Bien-être Collectif (OBC) propose une “constitution historique”
Dans un document de 340 articles répartis sur 65 pages, la citoyenne engagée et coordonnatrice de l’organisation de la société civile Bien-être Collectif (Byennèt Kolektif), Casendre Salomon, dénonce la manière dont les autorités haïtiennes procèdent à la réforme constitutionnelle. Lors d’une interview exclusive accordée à notre rédaction le lundi 14 juillet 2025, elle a présenté une proposition de «constitution historique», fruit du travail de son organisation.
Selon Mme Salomon, le comité exécutif de Bien-être Collectif a analysé plusieurs constitutions haïtiennes, notamment celles de l’empereur Jacques Ier (1805), de Lysius Félicité Salomon (1889), de François Duvalier, celle adoptée en 1987, ainsi que la version proposée par l’administration de Jovenel Moïse en 2021.
La citoyenne engagée critique fermement l’histoire constitutionnelle du pays, marquée selon elle par des luttes incessantes pour le pouvoir. «Depuis l’indépendance, chaque forme de gouvernement en Haïti s’est accompagnée d’une nouvelle constitution, souvent pour consolider un régime: empire, royaume, présidence à vie, transition ou coup d’État», déclare-t-elle. Malgré ces nombreux changements, elle estime que les mêmes maux persistent voire s’aggraver: corruption, exploitation, ingérence étrangère, absence de souveraineté réelle.
Elle dénonce le fait qu’aucune des constitutions haïtiennes n’ait été le fruit d’un réel consensus national. «C’est toujours l’oligarchie dominante qui impose ses propres textes au pays en pleine crise, sans participation réelle du peuple ni des forces vives de la nation», regrette-t-elle.
La coordonnatrice d’OBC souligne par ailleurs que l’intervention de forces multinationales, loin d’aider Haïti, a souvent compromis sa souveraineté. Elle accuse les grandes puissances comme les États-Unis, la France et le Canada de ne pas œuvrer pour une véritable résolution de la crise haïtienne, mais plutôt pour des intérêts propres.
Mme Salomon revient sur la Constitution de 1987, qu’elle juge incomplète et inappliquée. «On a voulu faire croire que les problèmes venaient des “Tontons Macoutes”, mais en réalité, cette constitution n’a jamais été respectée: ni les élections locales, ni les assemblées départementales, ni même le conseil électoral permanent n’ont jamais été mis en place en violation du texte», affirme-t-elle. Elle rappelle également les tentatives d’amendement sous les présidences de René Préval et de Jovenel Moïse, qui se sont toutes soldées par des échecs.
Plus récemment, l’avant-projet de nouvelle constitution publié le 21 mai 2025 par le Conseil Présidentiel de Transition a été largement rejeté par la population, selon Mme Salomon. Elle critique également le silence des partis politiques, des universités et de la société civile, restés passifs face à ce projet controversé.
Face à cette situation, Bien-être Collectif propose une nouvelle constitution alternative, qualifiée d’«historique», mettant l’accent sur: Les vraies dates symboliques, telles que le 20 mai, jour de la création du drapeau noir et rouge; La pleine participation de la diaspora haïtienne à la vie politique et sociale du pays; Le renforcement du pouvoir présidentiel, tout en rendant le chef de l’État pleinement responsable de ses actes; La protection de la souveraineté nationale et la liberté d’expression;
L’instauration de la peine de mort pour les trafiquants de drogue, d’organes, les kidnappeurs et les terroristes; Le respect scrupuleux des droits fondamentaux et de la sécurité publique.
Selon Mme Salomon, ce projet constitutionnel vise à restaurer la stabilité politique, instaurer un véritable État de droit, et redonner à Haïti la dignité qui lui revient.
Marcia MOÏSE
moisemarcha@gmail.com

