Wednesday, March 18, 2026
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Haïti désarmée : Quand les blindés tombent aux mains des gangs

Depuis la relance des opérations anti-gangs sous la direction de Rameau Normil à la tête de la PNH, l’illusion d’une reconquête sécuritaire s’est vite heurtée à une réalité brutale. La perte de plusieurs véhicules blindés — dont certains volés — illustre un échec tactique inquiétant qui révèle un malaise bien plus profond : l’État haïtien perd non seulement des équipements, mais aussi du terrain, de la légitimité et, pire, de l’espoir.

En Haïti, les blindés tombent comme des dominos, et ce n’est pas dans un champ de guerre conventionnel. Ils s’enflamment dans les quartiers populaires, se volatilisent dans les montagnes de Kenscoff ou finissent aux mains d’assaillants mieux organisés que les forces qui prétendent les combattre. Quand un État voit ses propres outils de répression détournés par ceux qu’il est censé dompter, ce n’est plus une crise : c’est un effondrement.

Ce n’est pas la bravoure des policiers qui est en cause — bien au contraire. Ce sont des hommes et des femmes souvent livrés à eux-mêmes, envoyés dans des zones infernales avec des moyens dérisoires, parfois sans renfort, sans couverture, sans coordination. Ce sont eux qu’on voit, dans les images floues des réseaux sociaux, courir sous les balles, abandonner des blindés fumants faute de carburant ou de commandement clair. Le message que cela envoie ? Les gangs ne se contentent plus de défier l’État : ils le désarment.

Mais ces blindés incendiés ou dérobés ne sont pas qu’une question de logistique militaire. Ils sont la preuve matérielle d’un échec stratégique. Un échec dans la planification, dans la compréhension du terrain, dans l’anticipation des risques. On ne peut pas envoyer des unités en territoire ennemi sans un plan robuste, sans des voies de repli, sans une capacité de réaction rapide. Ce sont là des principes de base dans toute doctrine sécuritaire. En Haïti, ils semblent relégués au second plan, voire oubliés.

Les conséquences sont graves : chaque blindé perdu est une brèche dans le peu de sécurité encore tenable. Chaque vol d’engin est une humiliation symbolique pour l’État. Et quand ces véhicules sont ensuite exhibés par les gangs sur les réseaux sociaux, peints à leurs couleurs, utilisés pour intimider la population ou attaquer d’autres postes de police, c’est l’image même de la République qui est piétinée.

pascalfleuristil2018@gmail.com

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Pascal Fleuristil

Je suis Pascal Fleuristil, originaire de l'Arcahaie. J'ai étudié la communication à l'ISNAC. Passionné du journalisme, Je m’intéresse à tous les sujets d'intérêt général.