Thursday, March 19, 2026
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Haïti : Erik Prince prévoit une décennie de présence armée et fiscale pour reprendre le contrôle face aux gangs

Le patron américain de la sécurité privée, Erik Prince, connu pour ses liens avec Donald Trump et son passé controversé à la tête de Blackwater, veut s’installer durablement en Haïti. Son entreprise, Vectus Global, a conclu un accord de dix ans avec les autorités haïtiennes pour mener une double mission : combattre les gangs et instaurer un système de collecte des impôts aux frontières.

Selon les informations obtenues par Reuters, ce partenariat prévoit d’abord une campagne militaire pour reprendre les routes et zones stratégiques contrôlées par les groupes armés. L’objectif affiché : sécuriser d’ici un an l’axe routier entre Port-au-Prince et Cap-Haïtien, symbole d’un retour à la libre circulation. Une fois cette étape franchie, Vectus Global mettrait en place un dispositif de taxation des marchandises importées depuis la République dominicaine, une source jadis majeure des recettes fiscales du pays aujourd’hui réduite à néant par l’insécurité.

Vectus a discrètement commencé ses opérations en mars dernier, mobilisant drones, équipes spécialisées et soutien logistique. D’après une source proche du dossier, la société compte déployer prochainement plusieurs centaines de combattants étrangers — américains, européens et salvadoriens —, formés au tir de précision, au renseignement et aux opérations maritimes et aériennes. Une puissance de feu inédite pour Haïti, mais qui suscite déjà des réserves.

Si l’exécutif haïtien voit dans ce partenariat une réponse rapide à l’emprise des gangs, des voix critiques s’élèvent. Le Centre d’analyse et de recherche sur les droits humains (CARDH) rappelle que les sociétés militaires privées traînent derrière elles un lourd passif en matière de violations des droits humains. De plus, le risque est grand que l’État délègue ses prérogatives régaliennes à une entité étrangère, au détriment du renforcement des forces nationales.

Erik Prince, ancien Navy SEAL, n’en est pas à sa première opération controversée. Après la vente de Blackwater, entachée par le massacre de civils à Bagdad en 2007, il a conseillé des gouvernements étrangers sur la lutte contre la criminalité organisée et signé des contrats sécuritaires stratégiques, notamment en Afrique. Ses détracteurs y voient une forme de privatisation de la guerre et du contrôle économique.

Dans un pays où les gangs assiègent hôpitaux, commissariats et axes routiers, où la moitié de la population souffre d’insécurité alimentaire, l’urgence sécuritaire est indéniable. Mais les précédentes tentatives d’entreprises privées ont parfois tourné court, victimes de la corruption et de la porosité entre forces de l’ordre et criminels.

Haïti pourrait donc se retrouver face à un dilemme : accepter l’aide musclée d’un acteur étranger pour regagner du terrain, ou risquer que cette aide devienne une tutelle militaire et fiscale de long terme. Le contrat de Vectus, s’il est maintenu, pourrait bien redessiner pour une décennie la carte du pouvoir dans le pays — et relancer le débat sur la souveraineté nationale.

pascalfleuristil2018@gmail.com

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Pascal Fleuristil

Je suis Pascal Fleuristil, originaire de l'Arcahaie. J'ai étudié la communication à l'ISNAC. Passionné du journalisme, Je m’intéresse à tous les sujets d'intérêt général.