Thursday, March 19, 2026
ACTUALITÉSSECURITESOCIÉTÉ

Haïti : le patrimoine paroissial sous la menace des gangs

Face à l’insécurité généralisée, de nombreuses paroisses de l’Archidiocèse de Port-au-Prince ainsi que des diocèses de Hinche et des Gonaïves sont aujourd’hui désertées, incendiées ou placées sous la coupe des groupes armés. Le Courrier de Notre-Dame du Perpétuel Secours (NDPS) dresse un état des lieux alarmant de ce désastre spirituel et patrimonial.

Depuis plusieurs années, l’Église catholique en Haïti vit au rythme de la violence. Prêtres, religieux et religieuses ont été enlevés à répétition entre 2020 et 2023, parfois jusque dans leurs couvents. Les fidèles, en première ligne, subissent kidnappings, exactions et assassinats. La cathédrale provisoire de Port-au-Prince, autrefois symbole de résilience après le séisme de 2010, a même été incendiée dans une indifférence quasi générale. Cette spirale de violences a transformé des zones entières en « territoires perdus », vidant les églises de leurs communautés.

Dans l’Archidiocèse de Port-au-Prince, près de soixante paroisses sont désormais abandonnées ou ne fonctionnent que de manière partielle et précaire. Les fidèles n’y participent plus régulièrement aux célébrations, chassés par la peur et les menaces des gangs. Dans certains quartiers comme Carrefour, la vie religieuse et sociale est totalement sous contrôle : pour circuler, commercer ou simplement rester chez soi, les habitants doivent payer des « péages » imposés par les criminels. La foi, comme le quotidien, est rançonnée.

La situation n’est guère différente dans le diocèse de Hinche, livré lui aussi aux gangs. Mirebalais et Saut-d’Eau, lieux de pèlerinage marial connus à travers le pays, sont désormais paralysés par la terreur. Dix paroisses y sont déjà fermées ou dysfonctionnelles. Aux Gonaïves, six paroisses sont également affectées, notamment à Petite-Rivière, Liancourt, Desarmes et Jean-Denis. Même des bastions historiques du catholicisme haïtien comme Marchand-Dessalines ou Saint-Marc sont fragilisés par des assauts répétés.

Ce panorama met en lumière non seulement une tragédie spirituelle, mais aussi une perte patrimoniale et culturelle majeure. Églises incendiées, chapelles fermées, congrégations religieuses contraintes à l’exil : c’est tout un héritage de foi, de mémoire et d’identité qui s’effrite sous la pression des armes. Pourtant, malgré l’insécurité et l’absence criante de l’État, de nombreux prêtres et religieux continuent de servir courageusement leurs communautés, souvent au péril de leur vie.

En dépit de la peur et du silence imposés par les gangs, le message du NDPS appelle à garder l’espérance : “Nous sommes aux prises, mais non pas écrasés ; harcelés, mais non abandonnés” (2 Cor 4, 8-10). L’Église haïtienne, blessée mais debout, continue de porter la flamme de la foi dans un pays qui, plus que jamais, cherche la lumière.

pascalfleuristil2018@gmail.com

Partagez ceci

Pascal Fleuristil

Je suis Pascal Fleuristil, originaire de l'Arcahaie. J'ai étudié la communication à l'ISNAC. Passionné du journalisme, Je m’intéresse à tous les sujets d'intérêt général.