Haïti : un budget exceptionnel, une bouffée d’air ou un simple pansement ?
Le 22 septembre 2025, le Gouvernement haïtien a annoncé l’adoption d’un budget évalué à 317,7 milliards de gourdes, en baisse de 1,8 % par rapport aux prévisions initiales. Présenté comme une réponse urgente pour soutenir les familles et accompagner la rentrée scolaire, ce budget soulève autant d’espoirs que de questions.
Le geste du Gouvernement est incontestablement nécessaire. Dans un pays où l’inflation étrangle les ménages et où chaque rentrée scolaire est une épreuve pour des milliers de familles, l’octroi de transferts monétaires à 200 000 parents représente une aide directe bienvenue. De même, la distribution de kits scolaires et l’engagement de travaux d’infrastructures de proximité sont des mesures concrètes qui touchent au quotidien des plus vulnérables.
Mais au-delà de l’urgence, ce budget rectificatif révèle une réalité troublante : la dépendance de l’État haïtien aux réaffectations de crédits en fin d’exercice fiscal. Si l’éducation et la protection sociale deviennent enfin prioritaires, pourquoi ces secteurs ont-ils si longtemps été relégués au second plan ? L’urgence nationale ne devrait pas être le seul moteur d’une telle orientation.
Il est aussi légitime de s’interroger sur la pérennité de ces mesures. Les transferts monétaires et les travaux temporaires ne remplacent pas des politiques structurelles durables capables de renforcer le système éducatif et de soutenir véritablement les familles. Sans vision à long terme, il y a un risque que ces actions ne soient qu’un ” pansement ” posé sur une plaie profonde.
En définitive, ce budget rectificatif est un signal positif, mais il doit s’accompagner d’une volonté ferme de réforme. Le pays ne peut plus se contenter de réponses ponctuelles à des crises récurrentes. L’avenir d’Haïti exige une gouvernance cohérente, où l’éducation et la justice sociale ne sont pas des choix conjoncturels, mais des priorités constantes.

