OPC et MCFDF : L’indignation sélective d’un État qui n’écoute qu’après le scandale
Le viol présumé d’une adolescente de 16 ans en garde à vue à Saint-Marc, imputé au policier Sévère Aly, a ravivé soudainement deux institutions longtemps jugées muettes : l’Office de la Protection du Citoyen (OPC) et le Ministère à la Condition Féminine et aux Droits des Femmes (MCFDF). Cet épisode ne révèle pas seulement l’horreur d’un acte criminel en milieu policier, il interroge la constance, l’efficacité et la légitimité de deux organismes qui semblent ne s’animer que lorsque l’indignation publique devient impossible à ignorer.
On aurait pu croire que l’OPC et le MCFDF avaient perdu leur voix dans le vacarme quotidien des crises haïtiennes. On les voyait apparaître, parfois, pour une déclaration protocolaire, puis disparaître dans un silence profond. Mais voilà que l’affaire de Saint-Marc les réveille. Un réveil nécessaire, certes, mais un réveil tardif, presque gênant. Comme si la douleur devait devenir spectacle pour qu’elles existent à nouveau. Une adolescente violée en garde à vue : c’est l’indécence absolue de l’État se retournant contre sa propre enfant. Il n’y avait pas d’autre choix que de parler — sinon, c’était mourir définitivement.
Le problème, pourtant, n’est pas l’indignation en elle-même. Elle est légitime, indispensable, urgente. Non, le problème est dans l’écart entre l’instant où elles parlent et celui où les violences se produisent. Car ce cas n’est pas isolé — il est seulement visible. Combien de plaintes silencieuses dans des commissariats obscurs ? Combien de femmes humiliées dans des procédures judiciaires interminables ? Combien de jeunes filles violées par des figures d’autorité qui se savent intouchables ? Le scandale de Saint-Marc n’est pas une exception : c’est la règle rendue publique.
Dans un pays où la violence est devenue une langue, où l’impunité est presque une organisation sociale, la parole institutionnelle ne peut plus se contenter d’être décorative. L’OPC et le MCFDF n’ont pas seulement le devoir de dénoncer : ils doivent protéger, accompagner, documenter, poursuivre, insister, déranger. Il faut cesser de confondre communiqué et action. La victime, elle, n’a pas besoin de discours — elle a besoin de justice, de soins, de dignité retrouvée. La société, elle, a besoin d’un signal clair : la barbarie ne passera plus.
Pourtant, la question demeure en suspens : cette affaire sera-t-elle traitée comme un tournant ou comme un épisode parmi d’autres, très vite englouti par le prochain choc national ? Le policier Sévère Aly devra répondre de ses actes devant la justice — mais la justice, elle, osera-t-elle enfin se tenir droite ? Osera-t-elle prouver que l’État ne protège pas uniquement l’uniforme, mais l’être humain ?
Si l’OPC et le MCFDF veulent réellement « relever la tête », qu’elles commencent par ne plus attendre la colère du public pour faire leur travail. La protection des femmes ne peut pas dépendre de la lumière médiatique — elle doit devenir une présence constante, silencieuse, ferme, quotidienne. Sinon, cette indignation ne sera qu’un autre cri perdu dans le bruit du pays.
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