Saintina Josué : Trois heures d’agonie et un État qui abandonne ses propres fils »
Il était 4 heures de l’après-midi quand la balle a traversé le blindé et a brisé le destin de Saintina Josué, policier de l’UDMO, plongé d’un coup dans une lutte désespérée contre la mort. Touché grièvement à la tête, il aurait pu être sauvé si un véritable système d’urgence existait autour de lui. Mais le pays qu’il servait lui a offert autre chose : le vide, les manques, et l’abandon.
Pendant plus de trois heures, Josué a agonisé dans un hôpital incapable de traiter des blessures aussi graves. Pas d’équipements, pas d’unités adaptées, pas d’infrastructures pour gérer une hémorragie crânienne. Les médecins ont tenté l’impossible, mais l’impossible ne suffit pas quand l’État n’a rien préparé. À quelques minutes de là, l’hôpital de Référence Nicolas Armand — propriété de l’État haïtien — n’a pas été en mesure de le recevoir. Un hôpital “de référence” seulement de nom, vidé de moyens, sans aptitude à répondre à une urgence vitale.
Quand un policier meurt ainsi, ce n’est plus seulement une tragédie individuelle : c’est un acte d’accusation. On ne peut pas blâmer uniquement la balle des gangs. On doit aussi regarder l’autre coup mortel : celui porté par un système de santé abandonné, négligé, effondré. Comment demander à ces hommes de protéger un pays qui, en retour, ne peut même pas les soigner ?
La mort de Saintina Josué n’est pas un incident isolé. C’est un signal, une preuve brutale que l’État manque à ses devoirs les plus essentiels. Tant que la santé publique restera une façade et non une réalité, tant que les institutions seront vides plutôt que vivantes, d’autres policiers connaîtront la même fin silencieuse.
Saintina Josué n’est pas tombé seulement sous les balles : il est tombé dans le gouffre d’un système qui n’a pas su le sauver. Et cette vérité doit être dite, encore et encore.
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