Décès de Dadou Pasquet : La musique haïtienne perd l’un de ses architectes majeurs
Le monde musical haïtien est en deuil. André « Dadou » Pasquet, guitariste d’exception, cofondateur du Magnum Band et figure incontournable du konpa moderne, est décédé dans la nuit du 22 au 23 novembre 2015 à l’âge de 72 ans. Son départ marque la disparition d’un artiste dont l’influence a façonné plusieurs générations et redéfini les contours de la musique haïtienne.
Grand virtuose à la présence humble, Dadou Pasquet a très tôt révélé un talent rare, forgé au sein d’une famille entièrement dévouée à la création musicale. Son passage remarqué dans Tabou Combo lui a ouvert la voie d’une carrière où son jeu de guitare précis, fin et novateur allait devenir une signature. Quand il fonde le Magnum Band avec son frère Tico en 1976, le musicien apporte un souffle nouveau au konpa, en intégrant des nuances jazz, caribéennes et des harmonies audacieuses qui transformeront durablement le genre.
Sous sa direction artistique, Magnum Band s’impose rapidement comme une formation de référence, autant pour son élégance musicale que pour la qualité de ses compositions. Des titres devenus emblématiques comme « Piensalo bien », « Lanmou pa dous konsa » ou « Ou pa ka fè sa » témoignent de sa créativité et de son sens irréprochable de l’arrangement. Pour les jeunes musiciens, Dadou était à la fois un mentor, une école de rigueur et un modèle d’intégrité artistique. Chaque prestation scénique affirmait cette exigence : pas de fioritures inutiles, seulement la musique, jouée avec une maîtrise totale.
Au-delà de ses œuvres, Dadou Pasquet laisse une philosophie, un rapport au métier basé sur la discipline, l’humilité et le respect du public. Sa famille, dans une note empreinte d’émotion, a rappelé ses derniers mots de transmission : « Jwe mizik lan » — Jouez la musique. Un appel simple, mais chargé de sens, comme un ultime message adressé à ceux qui continuent la route qu’il a tracée. Il rêvait d’une musique vivante, partagée, transmise, toujours en mouvement.
La disparition de Dadou Pasquet éteint une voix majeure, mais son héritage demeure incandescent. Tant que ses mélodies seront jouées, tant que ses rythmes continueront de vibrer sur les scènes d’Haïti et d’ailleurs, le guitariste légendaire ne quittera jamais vraiment la musique qu’il a tant aimée. Jouer sa musique, aujourd’hui, c’est refuser que son œuvre s’arrête : c’est faire vivre Dadou.
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