Entre le discours du pouvoir et la réalité du terrain : qui gagne réellement la bataille ?
Alors que le Gouvernement, à travers un nouveau communiqué officiel, réaffirme avec force son engagement à mener une ” offensive totale ” contre les gangs armés, la réalité sur le terrain continue de dresser un tableau bien plus sombre de la crise sécuritaire. Jour après jour, la population haïtienne vit dans la peur permanente : fusillades, enlèvements, massacres, déplacements forcés. Port-au-Prince, l’Artibonite, Mirebalais et plusieurs autres régions du pays restent livrés à l’insécurité chronique.
Les déclarations du Premier ministre Alix Didier Fils Aimé, mettant en avant la fermeté de l’État, le refus de toute négociation avec les criminels et le renforcement des capacités des forces de l’ordre, résonnent positivement sur le plan politique. La livraison de 25 véhicules blindés et la visite symbolique à la Direction générale de la PNH visent à démontrer que l’État est présent et déterminé. Mais une question essentielle demeure : ces paroles se traduisent-elles réellement par des actions efficaces et visibles sur le terrain ?
Jusqu’à présent, les gangs continuent d’imposer leur loi dans de nombreux quartiers, de bloquer des axes routiers stratégiques, d’attaquer les civils et de défier ouvertement l’autorité de l’État. Dans le département de l’ Artibonite, l’activité agricole est paralysée ; à Mirebalais, la vie académique et économique est asphyxiée ; à Port-au-Prince, la capitale elle-même semble prise en otage. Pour une large partie de la population, le fossé entre les promesses gouvernementales et la réalité quotidienne devient de plus en plus évident.
L’annonce selon laquelle l’année 2026 sera consacrée à l’organisation des élections soulève également de sérieuses interrogations : comment organiser des élections crédibles dans un pays où la sécurité n’est pas garantie ? Sans contrôle effectif du territoire, sans liberté de circulation, sans protection des électeurs et des candidats, tout processus électoral risque de n’être qu’une illusion politique.
En effet, ce texte ne vise ni à nier les efforts de l’État ni à minimiser l’importance du soutien international. Il rappelle toutefois une vérité fondamentale : la sécurité ne se construit pas uniquement à travers des discours. Elle exige une stratégie claire, des actions soutenues, des résultats concrets et mesurables, ainsi qu’un État capable de reconquérir son autorité pas à pas, quartier par quartier, route par route.
Tant que la population ne ressentira pas une amélioration réelle de ses conditions de vie, tant que les enfants ne pourront pas aller à l’école sans crainte, tant que les paysans ne pourront pas travailler leurs terres en sécurité, tant que la capitale restera un champ de bataille, les paroles resteront des promesses. Et pendant que les promesses se multiplient, les gangs, eux, continuent de faire ce qu’ils veulent.

