Haïti -opération policière : Reconquête de l’État ou mise en scène du pouvoir ?
Depuis quelques semaines, l’activisme soudain des forces de l’ordre intrigue autant qu’il divise. opérations musclées dans des zones longtemps contrôlées par des gangs, communication abondante autour des coups portés aux gangs : l’État semble vouloir reprendre la main. Mais cette démonstration de force pose une question centrale, presque obsédante dans le contexte actuel : s’agit-il d’une véritable tentative de reconquête de la dignité et de l’autorité de l’État, ou d’une stratégie opportuniste destinée à fabriquer une image de capacité à gouverner au-delà du 7 février 2026 ?
Car la sécurité, en Haïti, n’est jamais neutre. Elle est politique par essence. Pendant des mois, l’impuissance de l’État a été flagrante, parfois même assumée. Aujourd’hui, ce réveil tardif soulève un malaise : pourquoi maintenant ? D’où vient cet ordre qui semble avoir redonné souffle et hardiesse aux forces de l’ordre, longtemps abandonnées, sous-équipées et exposées ? Un État qui retrouve soudainement sa voix à l’approche d’échéances cruciales ressemble trop souvent à un pouvoir en quête de légitimation plutôt qu’à une institution guidée par une vision de long terme.
La population, elle, oscille entre espoir prudent et scepticisme profond. Oui, chaque avancée contre l’insécurité est salutaire. Oui, chaque quartier libéré, chaque réseau criminel affaibli est une victoire. Mais sans cohérence institutionnelle, sans cadre légal clair et sans horizon politique crédible, ces actions risquent de n’être qu’un feu de paille, une opération de communication sécuritaire destinée à masquer l’absence de consensus et de projet national.
La vraie question n’est donc pas seulement qui a donné l’ordre, mais dans quel but. Restaurer l’État, ce n’est pas multiplier les opérations spectaculaires ; c’est inscrire l’action publique dans la durée, la transparence et la légitimité. À défaut, la sécurité devient un outil de survie politique, et non un pilier de la dignité républicaine. L’Histoire haïtienne nous a déjà appris à quel point cette confusion peut coûter cher.
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