Wednesday, March 18, 2026
ACTUALITÉSSECURITE

Haïti: Ils ont libéré Martissant… dans leurs communiqués

Pendant des mois, les autorités de la transition ont multiplié les déclarations pleines d’assurance, jurant que l’État allait reprendre le contrôle des routes nationales livrées aux gangs. Leslie Voltaire et Mario Andrésol avaient incarné ce discours volontariste, annonçant la libération imminente de tronçons stratégiques, dont Martissant. Ces promesses ont nourri un fragile espoir dans une population exténuée par l’insécurité.

Mais à l’heure du bilan, la réalité est brutale : rien n’a changé. Martissant est toujours sous l’emprise des groupes armés, et la route nationale numéro 2 reste impraticable. Face à cet échec évident, les autorités n’assument rien. Pire encore, elles se défaussent avec une légèreté déconcertante, comme si la parole publique n’engageait plus personne.

Le spectacle offert par Leslie Voltaire devant la presse est à cet égard révélateur. Interpellé sur ses promesses, il se retranche derrière la Police nationale, affirmant qu’il n’a ” pas les armes en main ” . Cette pirouette est une insulte à l’intelligence collective. Quand on exerce le pouvoir, on ne se cache pas derrière les institutions : on les dirige, on les renforce ou on répond de leurs échecs.

Mario Andrésol n’est pas en reste. Lui aussi revient sur ses engagements, invoquant des rumeurs de coup d’État pour justifier l’abandon de ses annonces. Là encore, c’est la fuite en avant. Gouverner, ce n’est pas annoncer à la légère, puis reculer en silence quand la réalité résiste. C’est agir, ou, à défaut, reconnaître ses limites.

Ce qui choque le plus, ce n’est pas seulement l’inefficacité. C’est le mépris. Le mépris d’autorités qui, après avoir parlé fort, viennent expliquer calmement au peuple qu’elles n’y peuvent rien. Comme si les citoyens n’étaient bons qu’à applaudir les promesses et à subir les renoncements.

Dans une capitale livrée aux gangs, où l’on assassine chaque jour des innocents, où l’Hôpital Général agonise, où des écoles et des entreprises brûlent, la parole politique devrait être sacrée. Or elle est devenue creuse, manipulatrice, presque cynique. Les dirigeants passent, les drames restent.

Leslie Voltaire et Mario Andrésol quitteront bientôt la scène. Ils ne laisseront pas une œuvre, mais un sentiment amer : celui d’avoir gouverné par les mots et non par les actes. Et le peuple, lui, n’a pas eu besoin de longtemps pour comprendre qu’on l’a encore une fois pris pour un spectateur… dans sa propre tragédie.

Partagez ceci

Miracson Mondesir

Miracson Mondesir, originaire de Mirebalais, est un journaliste professionnel. Rédacteur polyvalent, ayant la capacité de traiter plusieurs sujets avec succès notamment la politique et la culture. Il pratique le journalisme pour être utile à sa communauté.