Scandale au ministère de la Défense: Sistanis révèle des centaines de millions de gourdes dilapidés
Une grave crise secoue le ministère haïtien de la Défense. Le directeur général, Jean Ronel Sistanis, accuse publiquement le ministre Jean Michel Moïse de dérives financières et administratives majeures. Lors d’une conférence de presse tenue lundi, il a dénoncé une gestion qu’il juge illégale et dangereuse pour le bon fonctionnement des Forces armées d’Haïti (FAd’H).
Selon Sistanis, plusieurs dizaines de millions de gourdes auraient été engagées sans résultats visibles. Il cite notamment 80 millions de gourdes destinés à la réhabilitation du Grand Quartier général des FAd’H au Champ-de-Mars, 50 millions de gourdes pour la base du Bicentenaire et 160 millions de gourdes pour une ferme à Belladère, où aucun chantier réel ne serait constaté à ce jour.
Le directeur général affirme également que le ministre aurait pris le contrôle de 350 millions de gourdes issus du Fonds d’intelligence, alors que ces ressources devraient, selon les textes officiels, être gérées par le Haut État-Major des FAd’H. Pour lui, cette mainmise constitue une violation claire des règles de la gestion publique.
Il dénonce aussi une distribution opaque des subventions et des primes de risque. D’après ses propos, des proches du ministre en bénéficieraient, y compris des personnes se trouvant à Bombardopolis, tandis que des soldats en mission à Kenscoff ne recevraient aucune allocation et manqueraient de moyens essentiels pour remplir leurs fonctions.
Concernant les militaires blessés ou tués en service, Sistanis affirme que leurs familles n’auraient reçu aucune indemnisation, malgré les dispositions prévues par décret. Il évoque notamment le cas de deux soldats morts à Delmas, dont les cartes prépayées auraient été bloquées un mois seulement après leur décès.
Sur le plan institutionnel, il rappelle que le commandant en chef des FAd’H est légalement l’ordonnateur adjoint du ministre de la Défense, une fonction qui ne serait jamais respectée. Il cite également une dépense de 70 millions de gourdes pour un garage censé appartenir au ministère, affirmant qu’aucune structure de ce type n’existe dans les bases militaires.
Enfin, Jean Ronel Sistanis évoque l’existence présumée d’entreprises écrans et de contrats fictifs ayant profité de fonds publics, impliquant notamment le chef de cabinet du ministre, Candide Cosky Jean, ainsi que Dominique Eugène. Il affirme que son bureau a été vandalisé en juillet 2025, que des dossiers ont disparu et que ses plaintes déposées auprès de la justice, de la DCPJ et de l’Inspection générale sont restées sans suite. Il dit avoir alerté les autorités depuis mars 2025 et appelle aujourd’hui à une enquête sérieuse sur la gestion des ressources du ministère de la Défense.

