Haïti : l’UNICEF alerte sur une hausse record de 200 % du recrutement d’enfants par les groupes armés
Le nombre d’enfants recrutés et utilisés par des groupes armés en Haïti a augmenté de 200 % en 2025, atteignant un niveau sans précédent, selon les estimations de UNICEF. L’organisation onusienne a tiré la sonnette d’alarme à l’occasion de la Journée de la main rouge, célébrée le 12 février, pour dénoncer une dépendance croissante des groupes armés à l’exploitation des mineurs dans un contexte de violence persistante.
La situation humanitaire aggrave considérablement la vulnérabilité des enfants. Plus de 1,4 million de personnes sont déplacées à l’intérieur du pays, dont plus de la moitié sont des enfants confrontés à la violence armée, aux catastrophes naturelles et à l’extrême pauvreté. Ces crises multiples favorisent l’expansion des groupes armés et poussent un nombre croissant de mineurs à les rejoindre, souvent sous la contrainte.
La Directrice générale de l’UNICEF, Catherine Russell, a réaffirmé la position ferme de l’institution : ” Les droits des enfants sont non négociables. Chaque enfant doit être protégé. Et chaque enfant recruté ou utilisé par des groupes armés doit être libéré et accompagné afin qu’il puisse guérir, reprendre le chemin de l’apprentissage et se construire un avenir.”
Le recrutement et l’utilisation d’enfants constituent des violations graves du droit international. Les enfants enrôlés sont exposés à des blessures, des mutilations, à la mort au combat, à des violences sexuelles, psychologiques et physiques, ainsi qu’à la détention arbitraire. Leur accès à l’éducation est interrompu, compromettant durablement leur sécurité et leur développement.
Beaucoup d’enfants sont contraints de rejoindre ces groupes pour subvenir aux besoins de leur famille ou après avoir reçu des menaces directes contre eux ou leurs proches. D’autres, séparés de leurs parents en raison des déplacements massifs, se tournent vers les groupes armés pour survivre ou trouver une protection illusoire.
Depuis la signature du Protocole de transfert en janvier 2024, l’UNICEF et ses partenaires ont identifié plus de 500 enfants associés à des groupes armés et leur ont fourni des services spécialisés de protection et de réintégration à travers le pays, dans le respect de l’intérêt supérieur de l’enfant.
En collaboration avec les autorités nationales, notamment le Ministère des Affaires sociales et du Travail, l’IBESR, le Ministère de la Justice et le Ministère de l’Éducation nationale, ainsi qu’avec la société civile et les partenaires humanitaires, l’UNICEF offre un soutien psychosocial, une prise en charge personnalisée, un accès aux services de santé et de protection, des espaces d’apprentissage temporaires et un appui à la réunification familiale lorsque cela est possible et sécurisé.
La prévention du recrutement et la réinsertion des jeunes constituent également une priorité à travers le programme PREJEUNES, qui aide les adolescents à quitter les groupes armés et protège ceux qui risquent d’y être recrutés en réduisant les vulnérabilités et en renforçant les environnements protecteurs.
Enfin, l’UNICEF appelle les autorités nationales, les communautés et les partenaires internationaux à renforcer les systèmes de protection de l’enfance et à accroître les financements destinés aux programmes essentiels. Catherine Russell a insisté : ” Les enfants associés à des groupes armés ne doivent pas être traités comme des responsables. Ils doivent bénéficier de services de réintégration appropriés et être protégés contre des risques supplémentaires, la stigmatisation ou des représailles. “

