Un mandat présidentiel consumé par la transition : Haïti prisonnière d’une classe politique sans vision
Pendant que le peuple haïtien tente de survivre entre l’insécurité, la misère sociale et l’effondrement des institutions, la classe politique, elle, semble enfermée dans une autre réalité : celle du partage du pouvoir, des calculs personnels et des intérêts de clans. Une fois de plus, un mandat présidentiel s’est pratiquement écoulé dans la transition, sans véritable stabilité, sans projet national solide et sans réponse concrète aux souffrances de la population.
Depuis cinq ans , Haïti vit au rythme des accords politiques, des gouvernements de transition, des négociations interminables et des luttes d’influence. Chaque secteur prétend vouloir sauver le pays, mais dans les faits, beaucoup paraissent davantage préoccupés par leur place autour de la table que par le sort de la nation. Le peuple observe, fatigué, pendant que les dirigeants improvisent des solutions temporaires qui prolongent davantage la crise.
Le plus inquiétant demeure cette banalisation de l’échec. En Haïti, il semble désormais normal qu’un mandat se perde dans l’instabilité, sans élections, sans réformes structurelles et sans vision économique capable de redonner espoir à la jeunesse. La transition, qui devrait être exceptionnelle et courte, devient presque un mode de gouvernance permanent. Et pendant ce temps, les gangs renforcent leur contrôle, les familles fuient leurs quartiers, les écoles ferment, les hôpitaux manquent de tout et des milliers de jeunes abandonnent le pays.
Cette situation traduit surtout la faillite morale de la classe politique haïtienne. Au lieu de construire un consensus national sérieux autour de la sécurité, de la justice et du redressement économique, certains responsables continuent de se battre pour des postes ministériels, des privilèges ou des alliances opportunistes. Comme si Haïti était un gâteau à partager entre groupes d’intérêts pendant que la population meurt à petit feu.
Pourtant, l’histoire haïtienne enseigne que les grandes crises exigent de grands sacrifices. Le pays n’a plus besoin de dirigeants qui alimentent les divisions ou entretiennent le chaos pour conserver une influence politique. Il a besoin d’hommes et de femmes capables de dépasser les intérêts personnels afin de reconstruire l’autorité de l’État et restaurer la confiance populaire.
La honte ne réside pas seulement dans l’échec d’une transition. Elle se trouve surtout dans l’incapacité collective des élites à comprendre l’urgence nationale. Chaque jour perdu dans les querelles politiques représente une victoire supplémentaire pour l’insécurité, la pauvreté et le désespoir.
Haïti ne peut pas continuer à survivre de transition en transition. Un peuple ne se construit pas dans l’improvisation permanente. Il se construit avec une vision, du courage politique et une volonté réelle de servir la nation avant soi-même.
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