Assises 2026 : des juristes plaident pour un retour à l’ordre constitutionnel et au bicéphalisme en Haïti
Dans le cadre des Assises 2026, le premier forum « Kafou » consacré à la gouvernance, à la sécurité et aux élections en Haïti s’est tenu sous la modération de Jean Jules Desauguste. Cette rencontre a réuni plusieurs personnalités du monde juridique et universitaire autour d’un objectif commun : identifier des pistes de sortie à la crise politique et institutionnelle qui secoue le pays depuis plusieurs années. Les échanges ont particulièrement porté sur l’avenir de la transition dont le mandat arrive à échéance, ainsi que sur les mécanismes devant permettre un retour à l’ordre constitutionnel.
Dès l’ouverture des débats, Jean Jules Desauguste a rappelé que cette initiative vise à favoriser un dialogue national inclusif impliquant les acteurs politiques, la société civile, les représentants des différents départements du pays ainsi que la diaspora haïtienne. Selon lui, la recherche de solutions durables doit reposer sur un consensus national capable de répondre aux défis liés à la gouvernance, à l’insécurité et à l’organisation des prochaines élections.
Parmi les intervenants figurait le professeur et ancien député Price Cyprien, qui a dressé un constat sévère de la situation actuelle. Il a estimé que le pays s’est progressivement éloigné des principes constitutionnels au profit d’accords politiques successifs. Pour lui, la priorité est de renouer avec la légalité et de mettre en place la dernière transition permettant un retour définitif à l’ordre constitutionnel. Il a également insisté sur la nécessité de restaurer l’autorité de l’État et de créer les conditions favorables au retour de la diaspora.
De son côté, le professeur de droit constitutionnel Sonel Saint-Louis a souligné que la crise institutionnelle s’est aggravée depuis l’assassinat du président Jovenel Moïse en juillet 2021. Selon lui, l’absence d’élections dans les délais prévus a plongé le pays dans une situation qu’il qualifie de « désert constitutionnel ». Il a rappelé que les autorités de transition avaient elles-mêmes placé leur action sous le cadre de l’article 149 de la Constitution, lequel prévoit une période limitée pour rétablir l’ordre démocratique à travers des élections.
L’ancien directeur général de la DGI, Romuald Petit, a pour sa part évoqué les nombreuses crises ayant marqué la vie politique haïtienne depuis la chute de la dictature. Il a dénoncé l’instabilité chronique, les ruptures institutionnelles répétées et la progression de l’insécurité. À ses yeux, l’échéance du 7 juin risque d’ouvrir une nouvelle phase de contestation de la légitimité du pouvoir si aucune solution consensuelle n’est trouvée avant cette date.
Intervenant également au forum, le professeur et avocat Éphésien Joassaint a insisté sur le lien étroit entre gouvernance et justice. Selon lui, aucune réforme durable ne pourra être mise en œuvre tant que l’impunité continuera de fragiliser les institutions. Il a plaidé pour l’émergence d’un nouveau consensus réunissant des acteurs crédibles et engagés dans l’intérêt national afin de préparer des élections crédibles et inclusives.
Malgré des approches parfois différentes, les participants se sont largement accordés sur la nécessité de rétablir un système bicéphale conforme à l’esprit de la Constitution de 1987, avec un président de la République et un Premier ministre exerçant des responsabilités distinctes. Plusieurs intervenants ont évoqué le rôle potentiel de la Cour de cassation ou d’un nouvel accord politique pour faciliter cette transition et garantir une plus grande neutralité dans la conduite des affaires publiques.
En conclusion, cette première session du Forum Kafou a mis en évidence une convergence de vues autour de la nécessité d’un nouvel accord politique capable de restaurer la légitimité des institutions et de conduire le pays vers des élections. Les organisateurs des Assises 2026 espèrent que ces discussions contribueront à l’élaboration d’une solution haïtienne à la crise actuelle, fondée sur le dialogue, le consensus et le respect des principes démocratiques.

