Où sont passées les âmes des victimes de la violence en Haïti?
Depuis plusieurs années, Haïti ne fait que compter des cadavres, des corps sont retrouvés dans les rues, dans des maisons, parfois dans des endroits où ils avaient simplement cherché à se protéger.
On parle de territoires perdus, de groupes armés, de déplacements de population, de statistiques et de massacres, mais il existe une question dont on parle beaucoup moins.
Que devient l’âme de quelqu’un qui meurt dans une violence qu’il n’a jamais cherchée ?
Essayons d’imaginer ensemble ce drame:
Un homme assiste impuissant au meurtre forcé de sa mère, celui de son père, celui de son frère, de sa sœur et finalement, les assassins se retournent contre lui.
Il meurt avec, peut-être, quelques secondes pour comprendre qu’il vient de perdre toute sa famille avant de perdre sa propre vie.
Qu’est-ce qui se passe dans une âme comme celle-là ?
Est-elle en paix ?
Est-elle en colère ?
Est-elle désorientée ?
Est-elle simplement libérée du corps ?
Ou bien la violence vécue laisse-t-elle quelque chose derrière elle, quelque chose que nous ne savons pas mesurer ?
La question devient encore plus troublante lorsque nous retirons la religion de l’équation.
Peu importe que cette personne ait été chrétienne, vodouisant, athée ou qu’elle n’ait jamais appartenu à aucune religion. Nous parlons d’abord d’un être humain.
Et si quatre personnes innocentes meurent dans une même violence, tandis qu’une cinquième personne assiste à leur mort avant d’être tuée elle-même, nous ne parlons plus seulement de quatre victimes.
Nous parlons de cinq histoires humaines brutalement interrompues.
Mais que savons-nous réellement de l’âme de ces victimes?
C’est là que les choses deviennent difficiles.
La psychologie peut nous expliquer le traumatisme des survivants. Elle peut parler de mémoire traumatique, de peur, de culpabilité, de deuil et de stress post-traumatique, mais elle ne peut pas nous montrer ce qui arrive à une conscience après la mort.
Les religions proposent différentes réponses : Certaines parlent d’un au-delà, d’autres de réincarnation, de passage, de jugement, de repos ou de transformation. D’autres encore considèrent que la mort marque simplement la fin de la conscience individuelle.
Même les traditions spirituelles ne parlent donc pas d’une seule voix.
Alors, pouvons-nous affirmer que les âmes des victimes errent quelque part ?
Pouvons-nous affirmer qu’elles sont toutes immédiatement en paix ?
Nous ne le savons pas.
Et c’est précisément là que la question devient profondément humaine.
Et si le danger n’était pas dans les morts, mais dans ce que leur mort laisse aux vivants ?
Dans beaucoup de cultures, lorsqu’une personne meurt brutalement, la famille peut avoir peur que son âme soit tourmentée ou qu’elle cherche à revenir.
Mais il existe une autre manière de regarder le problème.
Une mort violente peut continuer à vivre dans ceux qui restent.
Une mère qui voit son enfant mourir peut continuer à l’entendre pendant des années.
Un enfant qui voit son père assassiné peut porter cette scène toute sa vie.
Un survivant peut devenir prisonnier d’une image qu’il n’arrive plus à effacer.
Alors peut-être que les morts ne sont pas toujours ceux qui hantent les vivants. Parfois, ce sont les souvenirs des morts qui hantent les vivants.
Et cela n’enlève rien à la dimension spirituelle de la question. Au contraire, cela nous oblige à reconnaître que l’être humain est beaucoup plus complexe que son corps.
La Bible, elle aussi, laisse une porte ouverte, même si cette réflexion ne s’adresse pas uniquement aux chrétiens, la Bible possède une image particulièrement forte :
« La voix du sang de ton frère crie de la terre jusqu’à moi. »
Genèse 4:10
Ce verset ne nous donne pas une cartographie de l’au-delà, mais il porte une idée universelle : la mort injuste ne devrait jamais être considérée comme un événement sans mémoire.
Le sang versé raconte quelque chose:
Il témoigne.
Il accuse parfois.
Il demande que quelqu’un se souvienne.
Alors, où sont les âmes des victimes?
Peut-être que personne sur terre ne possède une réponse définitive, mais une chose est certaine :
elles ne devraient pas disparaître de notre conscience.
Parce qu’avant d’être des âmes dont nous cherchons à comprendre le destin, ces personnes étaient des êtres humains dont nous n’avons pas réussi à protéger la vie.
Et peut-être que la question la plus urgente n’est finalement pas :
« Que font les âmes des victimes après leur mort ? »
« Qu’est-ce que leur mort est en train de faire de nous ? »
Sommes-nous devenus insensibles ?
Sommes-nous en train de nous habituer au sang ?
Sommes-nous en train de considérer comme normal ce qui ne devrait jamais l’être ?
Car une société commence peut-être à mourir lorsqu’elle ne tremble plus devant la mort des autres.
Et si les âmes des victimes pouvaient réellement nous adresser une question, peut-être ne nous demanderaient-elles pas:
« Où allons-nous? »
Elles nous demanderaient plutôt : « Pourquoi n’avez-vous pas empêché cela ? »
C’est peut-être là que commence la véritable conversation sur les morts.
Pas dans la peur de leurs âmes, mais dans la responsabilité des vivants.
Haïti jusqu’à quand?
Lovely Charles

