Fête du drapeau au Cap-Haïtien : une renommée nationale sur fond de problèmes urbains
À quelques jours de la célébration du 222ème anniversaire du drapeau haïtien, la ville du Cap-Haïtien se prépare à accueillir une cérémonie nationale dont le coût est estimé à environ un demi-milliard de gourdes. Cet événement symbolique, placé sous le thème « Un seul drapeau, un seul peuple, une seule nation », est présenté par les autorités provisoires comme un geste de décentralisation et de résilience face aux difficultés de sécurité dans la capitale. Pourtant, derrière les discours officiels, une réalité urbaine plus sombre persiste : celle d’une ville minée par des problèmes de salubrité, un manque d’attention administrative et la dégradation de ses services publics.
Ce décalage marqué entre l’ampleur de cette fête nationale et l’état de négligence des quartiers du Cap soulève de graves questions. Les principales routes sont jonchées de déchets, les marchés publics confrontés à une insécurité sanitaire permanente, et les infrastructures de gestion des déchets semblent hors service depuis des mois. Et pourtant, aucun budget n’a été annoncé pour un projet de nettoyage en parallèle avec les festivités. L’embellissement de quelques lieux symboliques ne peut masquer la gravité de la dégradation structurelle de la ville.
Les habitants, quant à eux, oscillent entre fierté civique et frustration croissante. « On nous utilise pour sauver l’image de l’État, mais on ne nous respecte pas », affirme un jeune commerçant du centre-ville. Tandis que la ministre Lynn Sarah Dévalis Octavius met l’accent sur l’importance historique et réflexive du 18 mai, beaucoup voient une opération de communication éloignée des urgences locales. L’appel à l’unité nationale semble peu crédible lorsque les inégalités territoriales sont aussi flagrantes et que les conditions de vie continuent de se détériorer, loin des caméras.
Ce 18 mai au Cap-Haïtien aurait pu être un moment de cohésion et d’espoir. Avec une volonté politique, cela aurait pu devenir un levier de transformation urbaine concret. À la place, la population assiste au défilé protocolaire d’une élite de passage, indifférente à la réalité quotidienne des citoyens. La fête du drapeau, au lieu d’unir, risque une fois de plus de souligner l’écart entre le symbolique et le vécu, entre les promesses nationales et les failles locales.
Guyno DUVERNE
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