18 mai en Haïti: Une fête de l’union dans un pays divisé
Le 18 mai 1803, à l’ombre de la révolte des esclaves et à la veille de la liberté, Haïti s’est dotée d’un drapeau bicolore comme symbole de son unité. Rouge et bleu cousus ensemble pour porter l’espoir d’un peuple debout, solidaire, résolu à bâtir une nation indépendante et souveraine.
Haïti est à genoux. Son peuple meurt de faim, de balles perdues, ou d’indifférence politique. Les dirigeants, eux, paradent et dilapident les maigres ressources de l’État dans des fêtes, des cérémonies, des promesses creuses, pendant que les citoyens dorment dans les rues, déplacés par les gangs ou abandonnés par le système.
Le drapeau flotte, certes. Mais il ne couvre plus un peuple uni. Il survole un pays fragmenté, abandonné, où chaque camp politique tire dans une direction différente, incapable de s’accorder sur la forme même de l’État qu’il prétend vouloir construire.
Le Conseil Présidentiel de Transition, qui avait promis la rupture, poursuit les mêmes pratiques que ses prédécesseurs : dépenses extravagantes, décisions opaques, et déconnexion flagrante avec les souffrances du peuple. Des centaines de millions de gourdes sont débloqués pour une fête du drapeau tandis que la majorité de la population ne mange pas à sa faim. Où est la dignité ? Où est l’héritage des héros de 1803 ?
L’union, aujourd’hui, est un mot creux, vidé de sa substance. Car l’union sans justice, sans solidarité, sans direction commune, n’est qu’un leurre.
Haïti n’a pas besoin d’un autre discours patriotique. Elle a besoin de vérité, de justice sociale, d’un leadership éthique, et d’un vrai projet collectif. Autrement, le bicolore restera un symbole mort, réduit à des couleurs sur un tissu que plus personne ne regarde avec fierté.
222 ans plus tard, l’heure n’est pas à la célébration, mais à l’introspection. Que voulons-nous faire de cette nation que nos ancêtres ont arrachée au joug de l’esclavage ? La réponse, elle, reste toujours suspendue.

