Friday, March 20, 2026
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Haïti gifle ses enseignants pendant qu’elle engraisse ses politiciens

Le 18 mai 2025, jour de fierté nationale, a été terni par une scène d’une violence symbolique rare : un enseignant pacifique, manifestant pour sa dignité, a été giflé devant la cathédrale du Cap-Haïtien, en présence des membres du Conseil Présidentiel de Transition. Cet acte, survenu au lendemain de la Journée nationale des enseignants, illustre le profond divorce entre l’État haïtien et ceux qui, chaque jour, s’efforcent d’éduquer la nation dans un pays en dérive.

Ce 18 mai, alors que les drapeaux flottaient et que les discours patriotiques s’enchaînaient dans la grande messe commémorative du Cap-Haïtien, un homme se tenait seul, en marge de la foule. Il n’était pas venu applaudir. Il n’était pas venu fêter. Il tenait simplement une pancarte, sur laquelle on pouvait lire : “Ajisteman salè , Aryere salè.” C’était un enseignant. L’un de ces milliers d’Haïtiens qui, chaque jour, affrontent l’indifférence, la misère et parfois même la violence, dans l’espoir de transmettre un savoir, un espoir, un avenir.

Ce qu’il a reçu en retour ce jour-là, ce n’est pas de l’écoute, ni de la reconnaissance. C’est une gifle. Une gifle publique, brutale, gratuite. Une gifle infligée par un agent de l’ordre devant des hauts représentants transitoires de l’État, qui n’ont ni bronché, ni condamné. Ce silence complice est plus assourdissant que la gifle elle-même. Car il révèle une vérité implacable : en Haïti, demander justice et dignité peut vous coûter cher, même quand vous êtes enseignant, même quand vous êtes pacifique.

Il faut dire que la situation des professeurs haïtiens est une insulte à l’intelligence nationale. Salaires irréguliers, misérables, souvent en retard de plusieurs mois. Conditions de travail indécentes. Aucune garantie sociale. Et pendant ce temps, selon un rapport du Réseau National de Défense des Droits Humains (RNDDH), les membres du Conseil Présidentiel de Transition, censés remettre le pays sur pied, perçoivent dix millions de gourdes mensuellement. Dix millions pour gérer une transition dont on ne voit ni la direction ni le résultat. Le contraste est violent, révoltant, intolérable.

Comment un pays peut-il prétendre se reconstruire en piétinant ceux qui forment ses enfants ? Comment peut-on parler de changement alors que l’on traite les enseignants comme des ennemis ? Ce n’est pas seulement une gifle à un homme, c’est une gifle à tout un corps professionnel, à toute une mission sacrée. L’éducation n’est pas une option, c’est une urgence nationale. Et pourtant, année après année, gouvernement après gouvernement, elle est reléguée au dernier rang des priorités.

Aujourd’hui, la gifle infligée à ce professeur devient un symbole. Le symbole d’un État déconnecté, autoritaire, aveugle. Le symbole d’un système qui récompense les incompétents et punit les dévoués. Le symbole d’un pays qui, au lieu de bâtir l’avenir, l’écrase sous ses bottes.

Mais qu’on se le dise : on ne construira jamais un avenir sur les cendres de l’éducation. Tant que l’enseignant sera humilié, la République sera fragile. Tant que l’État choisira la répression au lieu du dialogue, le chaos s’installera. Ce professeur, seul avec sa pancarte, n’était pas une menace. Il était un rappel. Un miroir. Et ce que l’État y a vu l’a dérangé. Mais tôt ou tard, il faudra regarder ce miroir en face. Car sans ses professeurs, Haïti ne sera jamais une nation. Seulement une plaie ouverte sur l’oubli.

pascalfleuristil2018@gmail.com

Crédit photo: DR

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Pascal Fleuristil

Je suis Pascal Fleuristil, originaire de l'Arcahaie. J'ai étudié la communication à l'ISNAC. Passionné du journalisme, Je m’intéresse à tous les sujets d'intérêt général.