Un pays en ruines, des milliards évaporés : L’illusion d’un gouvernement en action
Six mois après l’arrivée au pouvoir d’Alix Didier Fils-Aimé, la réalité du terrain fait l’effet d’une gifle brutale aux promesses de stabilité et d’apaisement. La situation humanitaire, sécuritaire et sociale de Haïti atteint un niveau alarmant, et derrière les chiffres se cache une population brisée, abandonnée à son sort, pendant que le pouvoir, lui, joue à gouverner sans gouvernance.
Plus de six millions de personnes plongées dans l’insécurité alimentaire, dont 4,2 millions au bord de la famine : c’est la photographie crue d’un pays où la faim est devenue un quotidien, pas une exception. Et pendant que les files d’attente s’allongent devant les rares centres de distribution alimentaire, l’État continue de faire défiler des montants astronomiques. Un milliard de gourdes prétendument alloué à l’aide humanitaire ? Évaporé dans les couloirs opaques d’une administration sans reddition de comptes. Plus de 300 millions pour célébrer le drapeau national ? Pas même une goutte d’eau pour ceux qui fuient la terreur des gangs.

Le plus glaçant, c’est le contraste entre les rapports des institutions internationales – comme celui du Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme, qui recense près de 2 700 morts par balle en cinq mois – et le silence gêné, voire cynique, du gouvernement. Le pays n’est plus seulement à genoux ; il rampe dans la poussière de la négligence. Deux millions et demi de déplacés internes, et aucune politique d’accueil, de relogement ou même de reconnaissance officielle de leur statut.
Ce qui se joue aujourd’hui dépasse l’échec d’un gouvernement. Il s’agit d’un effondrement moral et structurel de l’État haïtien, où le décaissement devient un spectacle médiatique, et l’aide un mot creux. Le peuple, lui, survit. Par instinct. Par dignité. Malgré tout.

L’histoire retiendra-t-elle ces milliards envolés sans trace, pendant que le pays sombrait ? Ou les dirigeants d’aujourd’hui comptent-ils sur l’amnésie collective pour écrire demain une nouvelle page de promesses sans lendemain ? Haïti mérite mieux qu’un théâtre de budgets sans actions. Elle mérite, enfin, un État qui voit, qui agit, qui répond.
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