Wednesday, March 18, 2026
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Quand les algorithmes décident pour nous : Alerte sur la manipulation numérique en Haïti et ailleurs

Dans sa dernière chronique parue le 30 juin 2025 dans les colonnes du journal Le Nouvelliste, l’économiste Thomas Lalime met en lumière un article percutant publié dans American Economic Review Insights, signé de Daron Acemoglu et de ses collègues. Ces chercheurs dénoncent une nouvelle forme de pouvoir algorithmique capable de manipuler les préférences individuelles. L’analyse ne se limite pas aux grandes plateformes mondiales : elle fait aussi écho aux défis spécifiques d’Haïti face à l’absence de régulation numérique.

Le cœur de l’article réside dans une mise en garde contre l’usage stratégique du big data et de l’intelligence artificielle par les géants du numérique pour influencer les choix des internautes. Ce n’est plus seulement une question de recommandation personnalisée, mais de manipulation cognitive délibérée. Les chercheurs introduisent le concept de « brillance », qui désigne la capacité d’un contenu à paraître attractif sans être réellement utile, exploitant ainsi les failles de notre jugement.

Thomas Lalime s’empare de ces travaux pour attirer l’attention sur une problématique ignorée en Haïti : la fragilité de l’écosystème numérique face aux logiques opaques des plateformes étrangères. Dans un pays où l’éducation numérique est quasi inexistante, les utilisateurs sont particulièrement vulnérables aux contenus viraux, souvent émotionnels, rarement vérifiés. La « brillance » devient alors un outil de domination cognitive qui renforce la désinformation et déstabilise la cohésion sociale.

L’exemple de la Roumanie, également évoqué par Lalime, illustre les dangers concrets de cette manipulation. Une élection présidentielle annulée pour cause de désinformation algorithmique révèle que ces dynamiques peuvent renverser les institutions démocratiques. Haïti, déjà en proie à une crise de gouvernance, ne peut ignorer ces signaux d’alarme. L’absence de cadre légal, d’autorité de régulation numérique et de protection des données crée un terrain fertile pour toutes les dérives.

Plus encore, l’article appelle à une réflexion sur la souveraineté numérique. Qui contrôle aujourd’hui l’architecture informationnelle haïtienne ? L’économie numérique peut-elle se construire sans transparence, sans cadre éthique, sans ancrage local ? Pour Lalime, il est urgent que les universités, les institutions et la société civile s’approprient ce débat et le traduisent en politiques publiques concrètes.

Dans un monde où l’intelligence artificielle façonne nos désirs avant même que nous les formulions, Haïti ne peut rester spectatrice. L’alerte lancée par Acemoglu et relayée par Thomas Lalime invite à un réveil collectif : sans souveraineté numérique, il n’y aura ni autonomie citoyenne, ni démocratie durable.

pascalfleuristil2018@gmail.com

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Pascal Fleuristil

Je suis Pascal Fleuristil, originaire de l'Arcahaie. J'ai étudié la communication à l'ISNAC. Passionné du journalisme, Je m’intéresse à tous les sujets d'intérêt général.