Thursday, March 19, 2026
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Zelle et Cash App : La BRH perd la main sur le dollar cinquante

À l’heure où le dollar devient aussi précieux que la paix sociale en Haïti, un front discret mais stratégique se dessine : celui du transfert d’argent. Oubliez les longues files d’attente chez Western Union ou Unitransfer. Aujourd’hui, dans les quartiers populaires et même dans certaines zones huppées de Port-au-Prince, le mot d’ordre est simple : ” voye li sou Zelle” oubyen “Cash App paske y’ap banm lajan an an Dola ameriken”. Voilà le nouveau refrain qui inquiète la Banque de la République d’Haïti (BRH) et bouleverse l’écosystème financier traditionnel.

Depuis que la BRH a imposé que les transferts soient remis en gourdes — une décision à visée macroéconomique, mais impopulaire — des milliers d’Haïtiens de la diaspora ont changé de cap. Ils évitent désormais les circuits officiels, jugés contraignants et souvent désavantageux en taux de change, pour se tourner vers Zelle et Cash App, deux plateformes numériques américaines initialement conçues pour des transferts locaux. Or, dans le chaos haïtien, elles se sont transformées en passerelles transnationales de fortune.

Et voilà que surgit un nouvel acteur : le “petit agent Zelle”, souvent sans licence, tapi dans une boutique, un cybercafé ou même une cabine de recharge mobile. Il reçoit l’argent à l’étranger, le convertit en espèces sonnantes et trébuchantes sur place, et le remet en dollars américains, contournant ainsi l’obligation de conversion en gourdes… et surtout, évitant le prélèvement de 1,50 dollar destiné au fonds de l’éducation instauré sous l’ère Martelly.

Ce détournement de flux inquiète la BRH. Elle y voit non seulement une perte de contrôle monétaire, mais aussi un trou béant dans les rentrées fiscales de l’État. Les services recommandés comme MoneyGram, CAM, MonCash et autres en souffrent : baisse de volume, perte de clientèle, et image ternie par la frustration d’une population qui veut tout, sauf la gourde imposée.

Mais comment sanctionner l’invisible ? Ces transferts ne passent ni par le SWIFT haïtien ni par les structures bancaires locales. Ils circulent en dehors du radar, alimentés par la rapidité des applications et la méfiance croissante envers les institutions. Plus inquiétant encore, certains établissements de commerce ou même de change à Port-au-Prince se seraient clandestinement greffés au système, alimentant un marché parallèle bien huilé.

Dans une note récente, la BRH a promis des sanctions contre toute entreprise impliquée dans ces opérations. Une menace ? Un aveu d’impuissance ? Difficile à dire. Ce qui est clair, c’est que la technologie a une longueur d’avance sur la régulation, et que la confiance du peuple envers les circuits officiels est, elle, en chute libre.

Et pendant que la BRH brandit des menaces et appelle à l’ordre, les transferts en Zelle continuent de pleuvoir. Car pour une mère qui attend l’argent de son fils à Miami, l’important ce n’est pas l’orthodoxie monétaire, mais de recevoir vite, sans tracas, et surtout en dollars.

pascalfleuristil2018@gmail.com

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Pascal Fleuristil

Je suis Pascal Fleuristil, originaire de l'Arcahaie. J'ai étudié la communication à l'ISNAC. Passionné du journalisme, Je m’intéresse à tous les sujets d'intérêt général.