Thursday, March 19, 2026
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Des journalistes dénoncent un réseau d’avocats du barreau de Jacmel, accusés de tenter de les corrompre pour couvrir un vaste scandale de vol de terrains

Depuis plusieurs années, les rédactions de médias du Sud-Est sont devenues un lieu où de nombreux plaignants viennent exposer leurs litiges liés aux conflits fonciers. Certains, désireux de garder l’anonymat, passent par des émissions à grande écoute, des journaux ou encore des plateformes en ligne bénéficiant d’une large audience, afin de dénoncer un phénomène qui gangrène la juridiction de Jacmel. Autrefois considérée comme une juridiction modèle, celle-ci est aujourd’hui minée par ce que certains qualifient de ” cancer métastasé” : les vols organisés des terrains.

Selon plusieurs témoignages recueillis, certains avocats n’hésitent pas à menacer des citoyens en leur laissant croire qu’ils disposent du pouvoir de les faire arrêter, ce qui n’entre pourtant pas dans leurs attributions légales. Leur objectif, d’après ces dénonciations, serait de mieux dépouiller des familles paisibles de leurs propriétés.

Un avocat du barreau de Jacmel, par ailleurs militant des droits humains et responsable d’organisations sociopolitiques, est particulièrement visé. Selon nos informations, celui-ci aurait rencontré trois confrères journalistes du milieu, leur parlant au nom d’une quatrième journaliste, sans qu’elle n’ait été contactée ni associée à cette démarche. L’avocat aurait proposé à ces journalistes de partager deux centièmes d’une vaste parcelle de plusieurs carreaux située à Auban, dans la commune de Cayes-Jacmel. Il leur aurait déclaré : “Vous êtes quatre journalistes choisis. Vous allez vous entendre pour vendre les deux centièmes et partager la somme entre vous”.

La quatrième journaliste, mise devant le fait accompli et n’ayant donné aucun mandat, a été surprise d’apprendre son ” implication” dans ce marché opaque. Lors d’une rencontre fortuite dans les rues, début août 2025, l’avocat lui a expliqué qu’elle faisait partie des “bénéficiaires choisis”. Interrogé par la journaliste sur l’origine de cette largesse, ses explications contradictoires ont rapidement révélé qu’il s’agissait en réalité d’une tentative de corruption destinée à acheter son silence. Le terrain en question, selon nos investigations, appartient à la famille Café de Cayes-Jacmel, connue localement mais peu armée juridiquement, ce qui laisse le champ libre à des manœuvres frauduleuses.

Derrière cet avocat présumé corrompu, c’est tout un vaste réseau qui est pointé du doigt : anciens politiciens, notaires, juges, cabinets d’avocats et individus sans titres légaux travailleraient ensemble pour falsifier des documents et accaparer illégalement les biens fonciers hérités de familles comme les Café, Pierre-Paul, Sanon ou Zami.

Les méthodes dénoncées vont au-delà des manœuvres juridiques : menaces physiques, usage d’armes, recours à des pratiques occultes, voire empoisonnements, seraient employés pour intimider ou neutraliser les propriétaires légitimes.

Des journalistes intègres, attachés au respect de l’éthique et de la déontologie, refusent toutefois de se laisser intimider et s’organisent pour dénoncer ces pratiques, au risque de devenir des cibles.

Il faut souligner que cette pratique assimilée à de la corruption avérée risque d’embraser le milieu médiatique dans le département, car plusieurs journalistes très connus dans la ville sont contactés en ce sens. Se demande-t-on, combien dans le milieu de la presse sont tombés dans le panneau?
Marcia Moïse moisemarcha@gmail.com

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Marcia MOISE

Marcia MOISE Journaliste, présentatrice, responsable de la rubrique  « À la découverte ». Une passionnée du journalisme.