Thursday, March 19, 2026
ACTUALITÉS

Haïti : Quand la Douane moralise le plaisir et laisse passer la mort

En rendant public son bilan mensuel de saisies, l’Administration générale des Douanes a rappelé l’interdiction d’importer des objets à caractère obscène, dont les sextoys. Une annonce qui pourrait prêter à sourire si elle ne révélait pas, en creux, un système où l’interdit devient un théâtre moral, tandis que les cargaisons les plus dangereuses circulent dans l’impunité la plus totale.

La communication officielle des Douanes sur les “objets obscènes” montre un État préoccupé par le maintien d’une pudeur publique, comme si la sauvegarde de la moralité nationale se jouait dans la confiscation de jouets intimes. Dans les discours, il est question de protéger les valeurs, les familles, la culture. Mais derrière cette scène, le pays observe que les principales menaces pour sa stabilité ne résident ni dans un accessoire sexuel, ni dans un tabou social.

Car pendant qu’on contrôle minutieusement un paquet contenant un stimulateur discret, les fusils semi-automatiques, les munitions et les dispositifs tactiques franchissent les ports comme sur un tapis rouge. Plusieurs rapports, enquêtes journalistiques et témoignages internes ont évoqué au fil des années la porosité des contrôles douaniers, où les cargaisons sensibles bénéficient parfois de protections politiques ou institutionnelles. Dans ce théâtre bureaucratique, les priorités semblent inversées : la morale sert de vitrine, tandis que l’économie clandestine fait tourner les rouages.

Ce paradoxe est d’autant plus troublant que des noms, dont celui du directeur général de l’AGD Gérald Remplais, ont été régulièrement évoqués dans des controverses liées à des réseaux d’importation illicite. Sans présumer de sa culpabilité, le simple fait que ces soupçons persistent, sans enquêtes transparentes ni conclusions publiques, nourrit l’idée d’un système verrouillé de l’intérieur. L’“affaire du conteneur non inspecté”, évoquée récemment dans les cercles institutionnels, illustre le pouvoir des “ordres venus d’en haut” : certains colis ne se discutent pas — ils passent.

Ainsi se construit une République où l’on prétend protéger les consciences, pendant que la violence s’outille légalement par les failles de l’État. Et si le vrai scandale n’était pas ce qu’on saisit, mais ce qu’on choisit de ne pas voir ?

pascalfleuristil2018@gmail.com

Partagez ceci

Pascal Fleuristil

Je suis Pascal Fleuristil, originaire de l'Arcahaie. J'ai étudié la communication à l'ISNAC. Passionné du journalisme, Je m’intéresse à tous les sujets d'intérêt général.