Wednesday, March 18, 2026
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Solino : retour de l’État ou simple mise en scène politique ?

La visite des plus hautes autorités de l’État à Solino, présentée comme un symbole fort du ” retour de l’État “, soulève pourtant de lourdes interrogations. Peut-on réellement parler de reconquête lorsque ce quartier stratégique de Port-au-Prince a passé des mois entiers sous le contrôle du gang ” Viv Ansanm “, sans qu’aucune opération d’envergure n’ait été menée par les forces publiques pour en reprendre le contrôle ? L’image d’un pouvoir qui revient après coup interroge sur la portée réelle de cet acte politique.

Dans un communiqué publié sur la page Facebook officielle de la Primature ce samedi 20 décembre 2025, il est annoncé que les conseillers-présidents Leslie Voltaire et Edgard Leblanc Fils, accompagnés du Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé, ont effectué une visite à Solino dans le cadre du programme ” L’État retourne dans les quartiers . Selon la communication officielle, cette démarche vise à marquer la présence de l’État, à rassurer la population et à réaffirmer l’autorité publique dans une zone longtemps éprouvée par l’insécurité.

Cependant, il faut le rappeler : Solino n’a pas été libéré à la suite d’une action militaire ou policière structurée de l’État. Ce sont les bandits eux-mêmes qui ont choisi de se retirer, selon leur propre agenda, sans être contraints ni vaincus. Dans ces conditions, la mise en scène d’une visite officielle ressemble davantage à une opération de communication qu’à l’aboutissement d’une stratégie sécuritaire cohérente, planifiée et assumée par les autorités.

Cette situation met en lumière une faiblesse inquiétante de l’autorité publique. Si l’État se contente de constater le départ volontaire des groupes armés pour ensuite occuper symboliquement le terrain, quel message envoie-t-il à la population et aux autres gangs ? Celui d’un pouvoir qui subit les événements plutôt que de les anticiper, et qui dépend, de facto, des décisions des groupes criminels pour réaffirmer sa présence. Dès lors, la question centrale demeure : s’agit-il d’un véritable retour de l’État ou d’un simple show-off politique destiné à rassurer l’opinion publique ? Sans actions concrètes, sans démantèlement des réseaux armés et sans garanties de sécurité durable pour les habitants, le symbole risque de rester sans lendemain.

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