Edo Zenny face au miroir de Thoy Art : le malaise d’un dirigeant déconnecté
La campagne lancée début janvier 2026 par Martine Phebe, connue sous le nom de Thoy Art, à travers le mouvement citoyen ARL, a mis le doigt sur une plaie profonde de la société haïtienne : la rupture entre les dirigeants et le peuple. En demandant que les autorités vivent en Haïti avec leurs familles, scolarisent leurs enfants dans les écoles publiques et se soignent dans les hôpitaux publics, cette initiative ne relevait pas du populisme, mais d’un appel éthique à la responsabilité et à la cohérence.
Le message est simple mais puissant : on ne peut pas gouverner un pays qu’on refuse de vivre. On ne peut pas exiger des sacrifices à une population si l’on s’en protège soi-même. La force de cette campagne tient justement à ce qu’elle oblige les décideurs à se regarder dans un miroir. Le succès massif de la vidéo – plus d’un million et demi de vues – montre à quel point cette interpellation répond à une attente collective.
C’est dans ce contexte que la réaction de l’ancien sénateur et homme d’affaires Edo Zenny a choqué. En déclarant publiquement qu’il ne laisserait jamais sa femme et ses enfants vivre en Haïti à cause de l’insécurité, il n’a pas seulement exprimé une peur personnelle : il a reconnu, sans détour, l’échec de la classe politique à garantir les conditions minimales de sécurité dans le pays.
Plus grave encore, la forme de sa déclaration, marquée par une brutalité verbale, a heurté l’opinion. En tenant des propos aussi crus, Edo Zenny n’a pas seulement parlé en père inquiet, mais en responsable politique incapable d’assumer sa part dans la dégradation de la situation. Or, ceux qui ont exercé des fonctions publiques ne peuvent se contenter de constater les dégâts : ils doivent en répondre.
Les réseaux sociaux ont immédiatement rappelé cette évidence : si Haïti est devenu invivable pour les familles des dirigeants eux-mêmes, c’est que ces mêmes dirigeants ont failli dans leur mission première. La sécurité, la justice, l’éducation et la santé ne sont pas des privilèges privés, mais des biens publics. Les abandonner au nom de la peur, c’est aussi abandonner le peuple.
La déclaration selon laquelle il ferait de la politique “pour le plaisir ” et non pour vivre ou servir a aggravé le malaise. La politique n’est pas un loisir pour élites désinvoltes. Elle est une responsabilité lourde, un engagement au service de la cité. Réduire l’action politique à une satisfaction personnelle revient à nier sa dimension morale et sociale.
La campagne de Thoy Art, au contraire, rappelle une vérité essentielle : gouverner, c’est partager le destin commun. C’est accepter que ses enfants fréquentent les mêmes écoles que ceux du peuple, que sa famille emprunte les mêmes routes, fréquente les mêmes hôpitaux, respire le même air. Sans cette communauté de vie, il n’y a ni confiance ni légitimité.
En définitive, la réaction d’Edo Zenny n’est pas seulement maladroite, elle est révélatrice d’un fossé profond entre gouvernants et gouvernés. Face à l’appel de Thoy Art et de l’ARL, les responsables politiques devraient répondre par des actes, non par des aveux d’impuissance. Construire une autre Haïti ne se fera ni depuis l’étranger, ni depuis le confort, mais dans la solidarité réelle avec le peuple haïtien

