Haïti: À Port-au-Prince, on recrute un chef d’État comme un stagiaire
À l’approche de l’expiration du mandat du Conseil présidentiel de transition (CPT), une partie de ses membres dont Leslie Voltaire, Edgard Leblanc Fils et Louis Gérald Gilles s’est encore signalée par une initiative qui confond urgence politique et amateurisme d’État. Après avoir manqué l’essentiel: restaurer la sécurité, stabiliser le pays et préparer le retour à l’ordre constitutionnel, ils tentent, à la dernière minute, d’imposer une formule de gouvernance à trois, sans légitimité populaire ni véritable consensus national.
Ce mercredi 4 février 2026, la scène a viré au grotesque : un ” processus de recrutement ” de candidats à la Primature et à la Présidence, digne d’un centre d’accueil humanitaire plus que d’une institution républicaine. Une femme au crâne rasé, manifestement très zélée, arpentait la file en lançant des consignes : ” Premiers ministres, par ici ! ” , ” Vous êtes venus pour président ou pour Premier ministre ? ” , ” Une seule personne à la fois, s’il vous plaît ! ” . Ce tableau surréaliste a heurté par son caractère humiliant pour l’image de la République et par la banalisation de fonctions censées incarner la souveraineté.
Le bilan du CPT, lui, ne plaide pas en sa faveur. La mission confiée était immense et elle n’a pas été remplie. L’insécurité s’est aggravée, les gangs se sont renforcés, les routes nationales restent impraticables et la population demeure livrée à elle-même. Au lieu d’assumer cet échec, certains conseillers semblent préférer un ultime coup politique qui brouille encore davantage les repères institutionnels.
Dans ce climat déjà explosif, la posture publique des États-Unis en faveur du Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé, conjuguée à une présence militaire de plus en plus visible, soulève une interrogation centrale : Haïti décide-t-elle encore souverainement de ses dirigeants ? Quand une puissance étrangère affiche son soutien et déploie navires, avions et bientôt hélicoptères , on dépasse la simple coopération pour entrer dans une zone d’influence directe sur la gouvernance.
Au bout du compte, la séquence est une double blessure : celle d’un CPT qui s’en va sans résultats tangibles, et celle d’un pays dont la souveraineté paraît suspendue aux arbitrages extérieurs. Haïti mérite mieux que des improvisations de dernière minute et des transitions pilotées de l’ombre. Elle mérite une gouvernance issue de la volonté populaire, fondée sur la dignité, la responsabilité et le respect strict de sa souveraineté.
Credit photo: RTG

