Jean Dominique : 26 ans après, l’échec de la justice haïtienne
Le 3 avril 2000 reste une date gravée dans la mémoire collective haïtienne. Ce jour-là, Jean Léopold Dominique, journaliste engagé et directeur de Radio Haïti Inter, était assassiné aux portes de sa station, en même temps que le gardien Jean-Claude Louissaint. Vingt-six ans plus tard, ce crime continue de hanter la conscience nationale, sans qu’aucune justice réelle n’ait été rendue.
À travers sa voix, Dominique incarnait une presse libre, courageuse et profondément critique. Dans un contexte politique dominé par Fanmi Lavalas, il n’hésitait pas à dénoncer les abus et les dérives du pouvoir. Son assassinat n’était pas seulement celui d’un homme, mais celui d’un symbole : celui du droit de dire, d’informer et de questionner.
Mais ce qui choque encore davantage aujourd’hui, c’est l’incapacité persistante du système judiciaire à faire la lumière sur ce dossier. Malgré des années d’enquête, des pistes évoquées et des noms cités, notamment celui de Mirlande Libérus, aucun procès abouti n’a permis d’établir les responsabilités. Le dossier semble enlisé, victime de pressions, de lenteurs et d’un manque criant de volonté politique.
Cette impunité prolongée dépasse largement le cas de Jean Dominique. Elle s’inscrit dans une série d’assassinats non élucidés qui fragilisent l’État de droit en Haïti. Chaque crime non puni envoie un message dangereux : celui que la violence peut rester sans conséquence. Une réalité qui alimente la peur, le silence et la défiance au sein de la société.
Vingt-six ans après, la mémoire de Jean Léopold Dominique demeure vivante, portée par ceux qui continuent de réclamer vérité et justice. Mais tant que ce dossier restera sans conclusion, il restera aussi le symbole d’un pays en quête de justice. Car sans justice, il ne peut y avoir ni réconciliation, ni véritable démocratie.

