Wednesday, May 20, 2026
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Insécurité, chaos et paralysie : le lourd échec de la transition Fils-Aimé

À l’approche du 7 juin 2026, date marquant la fin des 120 jours de transition fixés par le décret du 7 février publié dans le journal officiel haïtien Le Moniteur, le constat s’impose avec une brutalité inquiétante : le gouvernement dirigé par Alix Didier Fils-Aimé n’a pas réussi à répondre aux engagements pris devant la nation. Ce décret, qui confiait la direction de l’exécutif au Conseil des ministres sous l’autorité du Premier ministre, promettait le rétablissement de la sécurité et la création des conditions nécessaires à l’organisation d’élections crédibles. Quatre mois plus tard, le pays semble davantage plongé dans l’incertitude que dans la perspective d’un redressement.

Le texte adopté sous l’égide de la Constitution de 1987 amendée en 2011 ne laissait pourtant place à aucune ambiguïté. La transition devait être courte, efficace et orientée vers des résultats concrets. Le gouvernement s’était engagé à reprendre le contrôle de la situation sécuritaire, à restaurer le fonctionnement des institutions et à préparer le retour à l’ordre démocratique. Mais les promesses formulées au nom du salut national se sont progressivement heurtées à une réalité beaucoup plus dure : celle d’un État incapable de contenir l’expansion des groupes armés et de rassurer une population livrée à elle-même.

Sur le terrain, la situation sécuritaire continue de se détériorer de manière alarmante. Les affrontements meurtriers enregistrés ces dernières semaines dans plusieurs zones de la région métropolitaine, notamment à Cité Soleil et à Croix-des-Bouquets, témoignent de l’affaiblissement de l’autorité publique. Les massacres, les déplacements forcés de populations et l’effondrement progressif des structures sanitaires démontrent que l’État n’a toujours pas réussi à reprendre le contrôle de territoires entiers. Pendant que des milliers de familles fuient les violences, les autorités peinent encore à proposer une réponse sécuritaire cohérente et durable.

L’échec ne se limite pas uniquement à la question sécuritaire. Sur le plan institutionnel, aucune avancée significative n’a été enregistrée dans l’organisation des élections promises. Le pouvoir lui-même reconnaît désormais que les conditions actuelles ne permettent pas d’envisager sereinement la tenue du scrutin annoncé. Cette incapacité à respecter le calendrier fixé renforce la méfiance d’une population déjà épuisée par les crises successives et les promesses non tenues. La transition, qui devait incarner une étape de stabilisation, apparaît aujourd’hui comme un processus fragile, sans résultats tangibles.

Au-delà des discours officiels, le gouvernement d’Alix Didier Fils-Aimé donne l’impression d’avoir perdu l’initiative politique. L’absence de décisions fortes, le manque de résultats visibles et l’aggravation continue de l’insécurité alimentent un profond sentiment de désillusion au sein de la société. Le pouvoir qui promettait le redressement national semble désormais dépassé par l’ampleur de la crise. À mesure que l’échéance du 7 juin approche, les attentes populaires se transforment en frustration et en doute quant à la capacité réelle des autorités à conduire le pays vers une sortie de crise.

Face à cette impasse, une nouvelle approche devient indispensable. Le rétablissement de l’équilibre de l’État passe d’abord par une gouvernance plus cohérente et respectueuse de la séparation des fonctions exécutives. La priorité absolue demeure toutefois la reconquête de la sécurité nationale afin de permettre la reprise des activités économiques, le retour de la confiance et la protection effective des citoyens. Enfin, seules des élections libres, transparentes et inclusives pourront offrir au pays des institutions légitimes capables de restaurer durablement l’autorité de l’État.

En définitive, les 120 jours de transition annoncés avec tant d’espoir débouchent aujourd’hui sur un bilan largement contesté. Entre promesses de sécurité non tenues, instabilité persistante et absence de progrès démocratique concret, le gouvernement dirigé par Alix Didier Fils-Aimé peine à convaincre qu’il incarne véritablement la solution à la crise haïtienne. Plus qu’un simple retard politique, cette transition risque désormais d’être perçue comme une occasion manquée dans un pays qui continue de sombrer sous le poids de l’insécurité, de l’incertitude et de la fragilité institutionnelle.

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Miracson Mondesir

Miracson Mondesir, originaire de Mirebalais, est un journaliste professionnel. Rédacteur polyvalent, ayant la capacité de traiter plusieurs sujets avec succès notamment la politique et la culture. Il pratique le journalisme pour être utile à sa communauté.

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