Crise haïtienne : les Assises du dialogue inter-haïtien prônent une solution nationale face à l’aggravation de l’insécurité
Les Assises de suivi pour le dialogue inter-haïtien ont dressé, le mercredi 17 juin 2026, un tableau préoccupant de la situation d’Haïti lors d’une conférence de presse tenue à Aïoli, à Pétion-Ville. Les responsables de la structure ont présenté le bilan de leur participation au 28ᵉ Forum législatif annuel des pays de la Caraïbe membres de la Caricom et des États-Unis, organisé à Washington les 10 et 11 juin derniers par l’Institute of Caribbean Studies (ICS).
Intervenant au cours de cette rencontre, le Dr Charles Tardieu a expliqué que la présence d’Haïti à ce forum revêtait une importance particulière en raison de la gravité de la crise qui frappe le pays. Il a souligné que l’instabilité haïtienne dépasse aujourd’hui le cadre national et constitue un défi majeur pour l’ensemble de la région caribéenne.
« La récupération haïtienne de la crise est la seule voie capable d’apporter une solution durable », a déclaré le Dr Tardieu, estimant que les réponses apportées jusqu’à présent n’ont pas permis d’inverser la dégradation continue de la situation sécuritaire et politique.
Le représentant des Assises a également indiqué que l’absence d’Haïti à une rencontre organisée par le gouvernement américain avec plusieurs États de la Caraïbe en février dernier sur les questions liées aux gangs, au trafic d’armes et à d’autres formes de criminalité transnationale traduirait, selon lui, le manque de représentation politique crédible du pays au plus haut niveau de l’État. Il estime qu’Haïti doit désormais être en mesure de présenter sa propre vision et ses propres propositions dans la recherche de solutions.
Abordant la crise sécuritaire, le coordonnateur des assises, Major Alexandre a soutenu que l’insécurité actuelle ne pouvait plus être analysée uniquement sous l’angle d’une réponse militaire. Selon lui, l’expansion des groupes armés et leur contrôle de plusieurs territoires ont transformé le phénomène en une véritable guérilla urbaine.
« La cohabitation forcée de la population avec les gangs montre qu’il est impossible de résoudre le problème de l’insécurité par la seule force des armes », a-t-il déclaré, plaidant pour une approche fondée sur une justice transitionnelle incluant la recherche de la vérité, la réparation des victimes et la sanction des responsables des crimes commis.
L’ancien sénateur Dieupie Chérubin, porte-parole des Assises, a quant à lui réitéré la nécessité d’instaurer un pouvoir bicéphale afin de rétablir un équilibre institutionnel et de créer les conditions favorables à la tenue d’élections crédibles. Il estime que les autorités actuelles ne disposent pas de la légitimité nécessaire pour engager le pays dans certaines décisions fondamentales.
Prenant également la parole, l’ancien directeur général du Service national de gestion des résidus solides (SNGRS), Eudes Lajoie, a salué les actions politiques, juridiques et diplomatiques entreprises par les Assises, notamment les contestations engagées contre le décret du 7 février 2026. Il a néanmoins indiqué attendre la décision de la justice haïtienne sur ce dossier, tout en dénonçant le climat persistant d’impunité qui continue, selon lui, de fragiliser les institutions du pays.
Cette nouvelle prise de position intervient alors qu’Haïti traverse depuis plusieurs années une crise multidimensionnelle marquée par une instabilité politique chronique et une détérioration constante de la sécurité depuis l’assassinat du président Jovenel Moïse dans la nuit du 6 au 7 juillet 2021. Malgré les transitions politiques successives, les groupes armés continuent d’étendre leur influence dans plusieurs régions du pays, tandis qu’une partie de la population dénonce l’absence de résultats concrets face à la violence et aux promesses répétées des autorités.

