Bercy sous le feu : Quand la mort s’installe aux portes de l’Arcahaie
À Bercy, zone limitrophe entre la Commune de l’Arcahaie et celle de Cabaret, la peur s’est installée au bord de la route nationale numéro 1. Dans cette zone devenue particulièrement dangereuse, les armes imposent désormais leur loi et transforment les déplacements ordinaires en véritables épreuves de survie. Policiers, brigadiers, chauffeurs, passagers et simples habitants ont été frappés par la violence qui s’abat régulièrement sur cette partie stratégique du département de l’Ouest. Pour de nombreuses familles, rester à Bercy ne relève plus seulement d’un choix de résidence, mais d’un pari quotidien avec la mort.
La succession des attaques a profondément bouleversé la vie de la population. Les affrontements opposant les forces de l’ordre à des individus armés ont déjà coûté la vie à plusieurs agents. En novembre 2025, le policier Josué Saintina, membre de l’UDMO et issu de la 34e promotion de la Police nationale d’Haïti, avait succombé à ses blessures après avoir été atteint lors d’une opération à Bercy. Quelques mois plus tard, en juin 2026, un membre d’une brigade de vigilance a également été tué et cinq autres blessés lors d’une attaque armée dans la zone.
Le dimanche 6 septembre 2026, Bercy a de nouveau été endeuillée. La policière Saint Jour Queturah, agente de la 34e promotion et affectée à la Brigade d’opérations et d’intervention départementale (BOID), a été mortellement touchée lors d’une nouvelle offensive armée. Sa mort est venue rappeler la dangerosité extrême de cette zone et le prix payé par les agents engagés dans les opérations visant à empêcher la progression des groupes armés vers l’Arcahaie.
Mais les victimes de Bercy ne se limitent pas aux hommes et aux femmes en uniforme. Les civils sont eux aussi exposés. Chauffeurs et passagers doivent composer avec la menace lorsqu’ils empruntent la route nationale. Un trajet qui devrait durer quelques minutes peut désormais être effectué avec la peur d’être pris pour cible, coincé dans un affrontement ou exposé à des tirs. Pour certains transporteurs, la question n’est plus seulement de savoir si la route est praticable, mais s’il est raisonnable de la prendre.
Cette insécurité affecte également l’économie locale. Lorsque la circulation des personnes et des marchandises devient incertaine, les activités commerciales ralentissent. Des chauffeurs réduisent leurs déplacements, des commerçants limitent leurs activités et des familles renoncent à certains déplacements. À mesure que la peur gagne du terrain, la route cesse progressivement d’être un lien entre les communautés pour devenir un espace de séparation et d’angoisse.
Le phénomène le plus préoccupant demeure cependant le déplacement des habitants. À chaque nouvelle offensive, des familles prennent la décision de quitter leurs maisons pour chercher refuge dans des zones jugées moins exposées. Certaines abandonnent leurs biens, leurs commerces et leurs terres, sans savoir quand elles pourront éventuellement revenir. En novembre 2025 déjà, une offensive armée avait provoqué le départ de plusieurs dizaines de personnes dans la zone. Depuis, les épisodes de violence successifs ont entretenu un climat qui pousse davantage de résidents à envisager l’exode.
Derrière ces départs se cachent des drames silencieux. Une maison fermée, un commerce abandonné, une école désertée ou une famille dispersée constituent autant de conséquences indirectes de la violence armée. Lorsqu’une population commence à abandonner son territoire parce qu’elle ne s’y sent plus en sécurité, le phénomène dépasse largement la question d’un affrontement entre groupes armés et forces de l’ordre. C’est le fonctionnement même de la communauté qui se trouve progressivement désorganisé.
La position géographique de Bercy explique en partie l’importance stratégique de cette zone. Située sur un axe essentiel reliant plusieurs localités du département de l’Ouest, elle constitue un passage déterminant pour les déplacements vers l’Arcahaie et d’autres communes du nord-ouest de la capitale. La capacité d’un groupe armé à exercer une pression sur cet espace représente donc une menace qui dépasse les limites de Bercy.
Au fil des mois, les attaques répétées ont donné naissance à un sentiment d’encerclement. Les habitants voient les affrontements se rapprocher, tandis que les forces de sécurité doivent constamment tenter de repousser les incursions. En août 2026, une attaque armée à l’Arcahaie avait déjà fait au moins un mort et trois blessés lors d’une tentative de progression vers la commune. Les assaillants avaient notamment cherché à bloquer la route nationale avant d’être repoussés par les forces de l’ordre.
La répétition de ces offensives soulève ainsi une interrogation majeure sur la capacité des autorités à reprendre durablement le contrôle de cette zone. Repousser une attaque ponctuelle ne suffit pas lorsque les mêmes groupes peuvent revenir quelques jours ou quelques semaines plus tard. Pour la population, chaque nouvel affrontement nourrit la conviction que la menace reste présente et que la sécurité demeure fragile.
À Bercy, les policiers sont en première ligne, mais ils ne sont pas les seuls à payer le prix de cette situation. Les brigadiers engagés dans la défense de leur communauté sont eux aussi exposés, parfois avec des moyens largement inférieurs à ceux des unités spécialisées de la police. Les chauffeurs et les passagers deviennent des victimes potentielles simplement parce qu’ils doivent emprunter un axe stratégique. Les habitants, eux, voient leur quotidien progressivement rétrécir autour d’une peur devenue omniprésente.
La question est désormais celle de la survie d’une communauté. Combien de temps une population peut-elle continuer à vivre dans une zone où chaque déplacement comporte un risque ? Combien de familles devront encore abandonner leurs maisons avant que la situation ne soit considérée comme une urgence territoriale ? Et combien de policiers et de brigadiers devront encore tomber avant qu’une réponse sécuritaire durable ne soit mise en place ?
Bercy n’est plus seulement le théâtre d’affrontements armés. Elle est devenue le miroir d’une crise sécuritaire qui frappe simultanément les forces de l’ordre, les populations civiles et les activités économiques. Les morts s’accumulent, les familles partent et la peur gagne du terrain.
Dans cette partie de l’Arcahaie, la route nationale numéro 1 ne représente plus uniquement un passage. Pour ceux qui la traversent, elle peut devenir une frontière incertaine entre le quotidien et le danger. Et pour ceux qui vivent à proximité, l’abandon du territoire apparaît progressivement comme une ultime stratégie pour rester en vie.
Bercy porte désormais le visage d’un territoire meurtri. Une vallée où l’ombre de la mort plane sur les uniformes, les véhicules et les maisons, pendant qu’une population entière attend de pouvoir simplement vivre sans avoir à choisir entre rester et survivre.
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