À l’UNESCO, Léon XIV lance un avertissement face à la montée en puissance de l’Intelligence Artificielle
Devant les représentants des États membres de l’UNESCO réunis à Paris, le pape Léon XIV a placé la dignité humaine au centre de son intervention. Face à l’accélération de l’intelligence artificielle, il a appelé à ne pas confondre puissance technologique et véritable intelligence, tout en défendant l’éducation, le dialogue entre les peuples et la protection des plus vulnérables.
Pour son premier passage à l’UNESCO, 46 ans après celui de Jean-Paul II, Léon XIV a livré un discours consacré à la place de l’être humain dans un monde profondément transformé par les technologies. L’organisation internationale avait précisément consacré cette journée aux enjeux liés à l’intelligence artificielle, à l’éducation, à l’intégrité de l’information et à la création artistique.
Quelques heures auparavant, le pape avait déjà employé une formule particulièrement forte à l’Élysée, mettant en garde contre un possible « paradis des machines ». À l’UNESCO, son propos s’est voulu plus large : il ne s’est pas seulement interrogé sur ce que les machines pourront accomplir, mais sur ce que les sociétés risquent de devenir si elles commencent à mesurer la valeur des personnes à l’aune de leur efficacité et de leur productivité. Reuters a retenu cette inquiétude comme l’un des axes majeurs de l’ouverture de son voyage en France.
« Qu’est-ce que cela signifie d’être humain ? »
Au cœur du discours, Léon XIV a posé une question qu’il considère comme fondamentale pour l’éducation, la science, la culture et la religion : « qu’est-ce que cela signifie d’être humain ? » Pour le souverain pontife, cette interrogation devient particulièrement urgente à mesure que les systèmes informatiques accomplissent des tâches autrefois réservées aux personnes.
Le pape a relevé un paradoxe : tandis que l’on attribue de plus en plus volontiers le terme d’« intelligence » aux systèmes informatiques, la société risque dans le même temps de réduire l’être humain à ses performances. Ceux qui sont considérés comme insuffisamment productifs peuvent alors être marginalisés ou rejetés. Cette réflexion constitue l’un des passages que The Next Web, média spécialisé dans les technologies, a particulièrement mis en avant dans son compte rendu.
Léon XIV a également insisté sur une limite essentielle de l’intelligence artificielle : sa capacité à traiter et à corréler des données ne signifie pas qu’elle puisse répondre aux interrogations fondamentales sur le sens de l’existence. Dans son raisonnement, disposer de davantage d’informations ne garantit donc ni davantage de sagesse ni une meilleure compréhension de la condition humaine.
Le pape a ensuite élargi son propos à l’éducation. Selon lui, aucune formation ne peut être complète si elle ne permet pas aux jeunes de réfléchir au sens de leur existence et à leur responsabilité dans la société.
Cette préoccupation rejoint directement les travaux de l’UNESCO. L’organisation avait annoncé que la venue du pape serait accompagnée d’un forum réunissant jeunes, artistes, chercheurs et intellectuels autour des défis posés par l’IA. Elle rappelle également avoir adopté dès 2021 une recommandation sur l’éthique de l’intelligence artificielle.
Léon XIV a notamment appelé à une vigilance particulière envers les enfants et les jeunes dans l’environnement numérique. Leur vulnérabilité, a-t-il souligné, ne doit pas devenir une occasion d’exploitation. Les technologies devraient au contraire contribuer à leur apprentissage, à leur développement et à leur capacité à penser librement.
Pour développer sa réflexion, le pape s’est appuyé sur deux références bibliques : Babel et la Pentecôte. Ces deux récits lui ont permis d’opposer deux conceptions de l’unité humaine : une unité imposée par la domination et une unité fondée sur la rencontre, la diversité et la compréhension mutuelle.
Cette distinction prend une dimension particulière dans le contexte actuel de tensions internationales et de crise du multilatéralisme. Léon XIV a ainsi défendu le rôle des organisations internationales et appelé les nations à privilégier le dialogue plutôt que les logiques de confrontation. Pour lui, l’UNESCO doit demeurer un espace où les peuples peuvent réfléchir ensemble à leur histoire, à leur présent et à leur avenir.
L’intervention du pape ne constitue donc pas un rejet de la technologie. Son message porte davantage sur son orientation et ses finalités. Il demande que les innovations restent au service de la personne humaine et ne deviennent pas de nouveaux instruments de domination ou d’injustice.
Cette approche s’inscrit dans une réflexion plus ancienne de Léon XIV sur l’intelligence artificielle. Reuters rappelle qu’il avait déjà appelé, quelques jours auparavant, à développer des systèmes d’IA capables de favoriser l’unité et la paix plutôt que les divisions et les conflits.
L’UNESCO partage sur plusieurs points cette préoccupation. Sa directrice générale adjointe, Åsa Regnér, a estimé que la visite du pape arrivait « à point nommé », dans un contexte marqué par les conflits, les inégalités et une évolution technologique jugée extrêmement rapide. Elle a également souligné la nécessité de préserver la dignité humaine, les droits et l’autonomie face aux nouvelles technologies.
À l’UNESCO, Léon XIV a donc déplacé le débat sur l’intelligence artificielle du terrain de la seule performance technologique vers celui du sens. Derrière les capacités croissantes des machines, il invite la communauté internationale à préserver ce qui ne peut être réduit à un algorithme : la dignité, la liberté, la conscience, la recherche de la vérité et la capacité de chaque personne à participer à la construction de son avenir.
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